le livre offre une liberté inestimable

A la rencontre de Hicham Houdaïfa

Auteur /Journaliste / Editeur

 

Biographie :

 

Hicham Houdaïfa est né à Casablanca en 1969. Journaliste depuis 1996, il a travaillé pour plusieurs organes de presse, notamment Al Bayane, où il a tenu la rubrique Société. Entre 1999 et 2002, il a été correspondant d'Afrique Magazine à New York. Il s'est aussi occupé des pages Société du Journal hebdomadaire, d'octobre 2004 à la fermeture du magazine en janvier 2010.

 

Durant son parcours, Hicham Houdaïfa a essentiellement travaillé sur des sujets sociétaux : liberté de culte, droits des femmes, situation des migrants subsahariens...

 

Il est cofondateur avec la journaliste Kenza Sefrioui d'En toutes lettres, maison d'édition spécialisée dans l'essai journalistique, où il dirige la collection Enquêtes.

1/ Hicham, j’ai découvert votre travail sur la plateforme IO PRESSE avec votre dossier au titre remarquable : « Le livre offre une liberté inestimable ». Qui êtes-vous Hicham et que cachez-vous ou révélez-vous derrière ce titre et ce dossier ?

 

Je suis un journaliste indépendant qui a choisi depuis quelques années le livre comme outil de diffusion de ses textes. Le livre permet d’aller plus loin dans la restitution d’une réalité et c’est pour cette raison-là qu’il offre une plus grande liberté.

 

2/ Quelle relation entretenez-vous avec les livres et pourquoi vous-êtes vous tourné vers le livre enquête ?

 

J’ai toujours été un grand lecteur de romans, surtout mais aussi de nouvelles et des essais. Nous nous sommes dirigés vers le livre enquête parce que Kenza Sefrioui, mon associée et moi-même avons un background de journalistes et que nous espèrons installer le livre enquête comme genre littéraire au Maroc.

 

3/ Édition, investigation et débat d'idées s’affichent sur le haut de la page d’accueil de votre site Internet « En toutes lettres ». Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de travail de votre société d’édition ?

 

Nous publions aussi bien des livres d’enquête que des livres en sciences humaines qui ont pour vocation à donner du sens à ce qui se passe dans notre société et pourquoi pas inciter les citoyens à prendre part au débat public en connaissance des enjeux.

 

4/ Vos collections portent des titres qui s’apparentent à des cris comme par exemple, la collection : «Les questions qui fâchent». Très naïvement, qu’est-ce qu’une question qui fâche ?

 

C’est une question clivante qui suscite souvent la polémique et déchaîne les passions. C’est le cas pour la question des langues au Maroc ou de la place de la femme dans l’islam.

 

5/ Quelle définition donnez-vous à l’ouvrage « Islam et femmes, les questions qui fâchent » de Asma Lambaret et comment faire accepter et faire lire son contenu au plus grand nombre ?

 

C’est un livre qui invite le lecteur à la déconstruction des représentations de la femme dans la religion musulmane et qui a eu aussi bien un succès de librarie que d’estime. Les droits du livre ont été cédés à Gallimard pour la collection Folio Essai pour une plus grande diffusion de ce message chez le lectorat français.

 

6/ Votre magazine aborde également des thématiques auxquelles toutes nos sociétés sont à ce jour confrontées. Les sciences sociales face à la discrimination sont-elles assez armées pour briser la stigmatisation et la discrimination ?

 

Nous travaillons à faire émerger des humanités du Sud et à les faire diffuser à une large echelle parce que l’on croit fermement que cet apport-là est important, surtout durant ces temps d’incertitude.Si elles ne sont pas forcèment “armées pour briser la stigmatisation et la discrimination”, les sciences sociales et les Humanités en général sont au moins capables de nous faire comprendre ses ressorts.

 

7/ Encore une fois, avec des regards posés sur les libertés individuelles et la démocratie participative, vous allez de l’avant. Quels sont les points communs sur ce sujet entre  ces deux pays que sont le Maroc et la France ?

 

C’est un sujet qui fait partie d’Openchabab, un cycle de formation qui bénéficie aux jeunes journalistes et acteurs de la société civile marocaine, pour mieux sensibiliser sur les valeurs de modernité, des libertés individuelles et la démocratie participative, entre autres.

 

8/ Si je vous dis, sans humanisme, il n’y a pas de modernité, qu’avez-vous envie de me dire ?

 

Totalement d’accord. Sans écoute et empathie, il n’y a pas de modernité, du moins celle inclusive qui profite eu plus grand nombre.

 

9/ Que peut faire, selon vous, un citoyen ordinaire pour participer à la construction d’une société humaniste ? Quel rôle doit jouer le livre dans cette conquête extraordinaire mais, à vivre dans une société de plus en plus axée sur l’écran et le Copié/Collé ?

 

Je pense que ne pas être indifférent à la douleur des autres, faire entendre la voix des “sans voix”, faire un travail de terrain et aller à la rencontre des citoyens, puis ouvrir le débat, en connaissance des enjeux, c’est également participer à la construction d’une société humaniste et c’est ce qu’on essaie de faire avec nos livres.

 

10/ Si je vous dis que le seul journalisme d’investigation est le journalisme indépendant, qu’avez vous envie de me répondre ?

 

Le journalisme d’investigation est d’abord un service public puisque le journaliste essaie de dévoiler des vérités que l’on veut cacher et donc son travail profite à la communauté. C’est un journalisme qui se doit d’être indépendant et c’est un des piliers d’une véritable démocratie.

 

11/ Selon vous, la mise en place d’une société humaniste est-elle encore possible et comment y parviendrons-nous ? Quels sont les principaux écueils ? Sont-ils insurmontables ?

 

Il m’est difficile de répondre à ces questions-là. Je suis de nature optimiste et le rêve d’une société plus juste, plus humaniste m’habite et me guide dans mon travail de journaliste et d’éditeur. Il faut donner plus de place à l’écoute et faire face aux discours extrémistes qui ont aujourd’hui accès aux médias mainstream. Ces derniers doivent prendre conscience de leur responsabilités de diffuser, sans gène, des discours de haine et qui sont aujourd’hui adoptés par un nombre grandissant des citoyens.

"Le livre permet d’aller plus loin dans la restitution d’une réalité et c’est pour cette raison-là qu’il offre une plus grande liberté."

"Faire entendre la voix des “sans voix”c’est également participer à la construction d’une société humaniste."