Homayra Sellier

Fondatrice & Présidente

Association Innocence en danger 

1/ Homayra, pouvez-vous, svp, nous dire ce que définit «L’innocence en danger» ?

 

Comme son nom l’indique :

l’innocence d’un enfant en danger.


L’un des objets de notre mission est de préserver l’innocence de nos enfants et de tenter de rétablir celle qui a été brisée.

 

 

Un enfant meurt tous les 5 jours, sous les coups de ses proches....

Ensemble, brisons le mur du silence !

INTERVIEW

2/ Dès que vous écrivez sur votre actualité, nous sommes immédiatement confrontés à l’horreur, à la stupéfaction et sommes obligés de regarder la vérité en face. Pouvez-vous, svp, nous parler de cette vérité ? Quelle-est-elle sur l’innocence en danger ?

 

Pendant des années la société a regardé ailleurs et pendant ce même temps des viols sur des enfants ont eu lieu dans tous les milieux de la société : dans le monde du sport, du cinéma, de la musique et au sein des familles, partout dans le Monde.

Les victimes se sont senties coupables et rejetées.
Dans ce regard non réparateur, il y a aussi celui de la presse et tous les médias confondus qui pour l’heure se désintéressent totalement de ces questions.

 

3/ Fléau ou épi-phénomène ? Pouvez-vous nous donner des chiffres concrets ?


On ne peut pas demander à une association composée surtout de bénévoles de remplir le rôle des états et de mener des études et des estimations sur les phénomènes d’un pays.

On peut estimer qu’étant donné que le Conseil de l’Europe a fait une campagne « 1 sur 5 », le nombre d’enfants ou d’adultes qui ont été victimes de violences sexuelles est proche de ce chiffre-là. Pour des chiffres plus concrets il faut que les citoyens s’adressent à l’État ou aux responsables politiques.

 

4/ La société et le cadre familial sont-ils plus violents d’année en année ou manquons-nous de discernement et de moyens pour conjurer les violences faites aux enfants ?


La société et le cadre familial sont effectivement de plus en plus violents à cause de l’impunité environnante et à cause de l’accès à Internet qui est devenu une source grandissante de consultation et d’information pour les utilisateurs. Cette ouverture à un monde en constante évolution, a contribué à banaliser la sexualisation des mineurs et des victimes et à toutes les violences faites aux enfants ; à cela s’ajoute le fait que nous manquons de discernement et de courage pour regarder le fléau en face.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5/ La société et les politiques sont-ils à la hauteur du phénomène ?


Non, en tout cas jusqu’à maintenant.


Les lois récentes vont-elles dans le bon sens ?


Oui tout à fait. Elles ont des lacunes et des points importants qui n’ont pas encore été étudiés ni renforcés. L’Europe est défaillance dans la mesure ou pas de protection des enfants harmonisés et cela n’a été une priorité ni pour l’union européenne ni pour le conseil de l’Europe.

 

L’Europe et la France sont-elles à la hauteur des enjeux, des modèles à suivre ou bien non encore assez inspirées et mobilisées pour protéger nos enfants ?

 

Non elles ne le sont pas. Mais dans l’espace européen, il y a des pays qui ont des années d’avance tant sur le plan de la législation que sur le plan des outils efficaces pour accueillir, évaluer et analyser la parole des victimes.

 

6/ L’une de vos actions principales est la résilience. Pouvez-vous, svp, nous dire pourquoi et nous expliquer clairement son articulation, les moyens développés à votre disposition et les objectifs affichés ?

 

Accompagner et aider les victimes de violences sexuelles à se reconstruire et à comprendre qu’ils ont le choix et qu’ils ne sont pas victimes à vie, à travers des thérapies et développement de leurs talents, encadrés par des adultes bienveillants et professionnels permettant de restaurer leur confiance dans les adultes.

 

7/ Lors de nos ateliers d’écriture, il n’est pas rare qu’au détour d’un écrit, un ou une participante libère une douleur, un traumatisme resté enfoui des années. Il est même évident que certains sont venus à ces ateliers pour mettre par écrit ce qu’il ne pouvait dire ou garder secret. Pourquoi parler, reste difficille pour une vicitme ?

 

La société n’a jamais su accueillir la parole des victimes avec bienveillance d’une part et d’autre part selon le lieu il est difficile pour un enfant de trouver refuge et confiance pour dévoiler ce qui toujours tombe sous le sceau du secret ente le violeur et l’enfant.

 

8/ En quoi l’art et l’écriture servent la résilience ?

 

Ils offrent un espace d’expression et font appel à l’imagination et la création. Si ces paroles sont évaluées par des experts, elles sont souvent de grandes sources de révélation d’un mal-être voire plus. Les bienfaits de l’écriture et de l’art ont été prouvés depuis des décennies et c’est pour cela que nous avons décidé de les inclure dans nos programmes d’accompagnement de nos victimes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9/ Quel est le défi majeur d’innoncence en danger ?

 

Pouvoir compter sur des soutiens notamment financiers pour faire aboutir ses projets étudiés à partir d’une expérience de terrain au quotidien et dénués de tout autre intérêt que celui de la protection les enfants ;
Que peuvent faire les gouvernements en place pour optimiser la lutte contre les violences faites aux enfants .

Renforcer les lois, les faire appliquer. Faire en sorte que des personnes qui rendent justice au nom du peuple aient au moins une petite formation pour comprendre ce que veulent dire les agressions, les viols ou l’inceste, leurs impacts et comment elles sont vécues par les mineurs; puisque ces personnes ont entre leurs mains l’avenir de ces enfants.

Qu’est-ce que chacun de nous peut faire pour vous aider ?

Informez-vous, lisez, votez pour ces gens qui ont pour priorité la protection des enfants.

 

10/ Ce fléau est-il en voie d’extinction ou, au contraire, en voie de développement ?

 

Le fléau est malheureusement en voie de développement vu l’inertie, le manque de courage donc manque de moyens, de tout ce qui a trait à ces questions de nos dirigeants. Vous imaginez-vous qu’une pandémie puisse être en voie d’extinction lorsque les responsables fuient le sujet et quand on ne connait pas la nature de cette maladie ??

« Imaginez une maladie qui frappe 1 enfant sur 5 avant l’âge de 18 ans.

Une maladie qui peut provoquer le développement d’autres maladies mortelles telles que le cancer, la sclérose en plaque, le sida.

Une maladie qui peut impacter la santé physique, mentale et relationnelle des personnes atteintes. Une maladie dont le coût financier se chiffre à des milliards d’euros par an rien que pour la France. Une maladie qui transforme l’ADN des personnes atteintes sur trois générations.

« Est-ce que cela ne mérite pas notre mobilisation totale et sans réserve ? »

Maintenant imaginez que la recherche scientifique ait des réponses et des solutions médicales, thérapeutiques et préventives pour aider les personnes atteintes.

Cette maladie existe, il s’agit des violences sexuelles faites aux enfants ; fléau considéré comme un des défis majeurs de 21ème siècle et déclaré problème de santé publique »

 

11/ Selon vous, la prise de paroles des victimes représente t-elle un pourcentage majeur ou mineur des victimes ?

 

C’est encore un pourcentage mineur.
Comment briser l’omerta familliale souvent préjudiciable pour les victimes et confortable pour les prédateurs ?

Ne pas avoir peur du sujet. Que la société ait un regard réparateur. Que les magistrats et juges comprennent le problème. Faisons encore un parallèle avec un virus...

 

12/ « Contre l’enfance maltraitée, il ne suffit pas de s’indigner.
Il faut se mobiliser, dénoncer, agir. » Cette phrase est de vous. Pouvez- vous, svp, donner des pistes à nos lectrices et lecteurs ?


Parce que j’en ai marre que voir que les gens se contentent de me complimenter et me dire que « c’est affreux » et ensuite qu’ils rentrent chez eux et ferment leur porte.

Exprimez votre indignation auprès de vos responsables politiques. Soyez vigilants autour de vous. Utilisez votre voix pour exiger ce qui est notre droit et notre devoir envers nos enfants.

 

13/ Si je vous dis : «Le viol tue plusieurs fois» que souhaitez-vous me répondre ?


Vous avez raison. Selon les victimes notamment les victimes d’inceste, c’est un acte qui les tue, en tout cas à petit feu.

 

14/ Dans votre univers quotidien, réussissez-vous à garder une part de rêve ? Si oui, laquelle et comment y arrivez-vous ?


J’ai pour habitude de ne jamais évoquer ma vie privée. Mais ne vous inquiétez pas, j’y veille également.