Suite à ma rencontre avec l'auteure Laure Allard d'Adesky au sein de l'une des médiathèques où j'exerçais, j'ai souhaité vous partager notre échange au sujet de son parcours, de ses ressentis et de sa vision des mots et de la littérature.

Jeanne

Les éclats de mots de Jeanne

P a s s i o n   E m o t i o n   P a r t a g e

Originaire de Toulon, Laure Allard d'Adesky exerce le métier d'officier chargée de la communication du 519E RT dans l'Armée de Terre avant de prendre la plume avec son premier livre jeunesse, publié en 2014 et intitulé "Le bal du solstice" suivi par des contes pour enfants, via la plateforme en ligne Whisperies.

Sa passion pour l'écriture est nourrie par la curiosité grandissante de son fils, qui l'inspire pour poursuivre dans cette voie.

En 2015, les livres pour adultes deviennent son nouveau terrain d'essai.

Enfant, son entourage l'encourage à écrire grâce à travers divers formes d'exercice de pratique. A l'adolescence, l'écriture devient sa thérapie.

Fille d'une mère franco-anglaise et d'un père rwandais, Laure voyage beaucoup, l'amenant à composer avec sa différence, en partageant son ressenti grâce à l'écriture.

Auteure plurielle, Laure Allard d'Adesky s'inspire des genres qui l'ont accompagnés tout au long de sa vie. Les romances des sœurs Brönte et Jane Austen en font parties, tout comme les aventures horrifiques du maitre dans le domaine qu'est Stephen King, qui a l'art de passer du coq à l'âne, sans se freiner.

Le livre qui lui révèle son désir d'être auteure reste toutefois "L'histoire sans fin" de Mikael Ende. Ce roman dont l'histoire principale tient le lecteur en haleine a le pouvoir d'inviter d'autres histoires parallèles à entrer en scène.

Le rêve de Laure serait de découvrir, aux détours d'un chemin, un lecteur tenant l'un de ses livres en mains.

BIOGRAPHIE

Laure Allard d'Adesky

Quels genres littéraires choisissez-vous de suivre pour écrire ?

 

Je suis autant attirée par les comédies romantiques, le "feel good", ces romans qui font du bien, que l'horreur et le fantastique. Je suis son imagination là où elle me guide. Je n'ai jamais connu le syndrome de la page blanche, car je me diversifie, et lorsqu'une idée reste bloquée en moi, je change de texte, et je laisse mon imagination croitre ailleurs, avant de revenir sur un passage qui ait pu me sembler difficile à aborder. Je fais travailler mon imagination, car plus j'écris, plus l'écriture se développe, et prend diverses formes. C'est une gymnastique de l'esprit.

Pour vous donner une idée, l'un de mes romans sorti courant avril à destination des "new adulte", inclut des scènes érotiques. J'ai choisi de collaborer avec une auteure adepte de ce genre littéraire pour pouvoir m'y lancer.

Quant à la romance fantastique  "La malédiction des Atuas" qui a récemment été publiée, elle est à la base de mythologie maori, se déroulant en New Zélande, pour laquelle je me suis beaucoup documentée.

 

Quel sentiment l'écriture vous procure-t-elle ?

 

Beaucoup de joie, et une envie constante de transmettre des émotions à mes lecteurs, que ce soit par la peur et l'horrifique, par des valeurs et une morale qui soient justes et adaptées pour les enfants, ou bien un sourire et un peu de soleil pour ceux qui lisent mes romans "feel good". L'écriture est pour moi source de voyage, et j'aime cette idée de vivre des aventures par la lecture, car l'imagination en est toujours sollicitée.

 

Quels sont les retours de votre public ?

 

Les retours sont plutôt bons. Certaines personnes disent que mes histoires révèlent quelque chose de léger, de frais, et souvent, ces mêmes personnes lisent des livres aux sujets plus durs, et y voient une façon de se détendre, de s'évader, de voyager. D'autres sont plus critiques, car mes romances sont souvent comparées à la collection des Harlequin. Mais je vis bien les retours plus  pimentés, si ceux-ci sont argumentés et justifiés, car ils me permettent de me remettre en question.

Il est vrai que lorsque nous nous donnons le temps et l'espace de voir naître une histoire, elle devient en quelque sorte "notre bébé", et chaque critique négative peut être perçue comme un reproche ou une agression. Toutefois, le plus important est d'arriver à prendre du recul, car les avis positifs existent eux aussi.

 

Quels conseils donneriez-vous à ceux et celles qui souhaitent tenter l'aventure de l'écriture ?

 

Quand l'envie d'écrire nous saisit, il faut savoir se lancer. C'est un travail de longue haleine que de se faire connaitre, de sortir de l'ombre et d'être publié.

Il existe de bonnes et de mauvaises maisons d'édition, et faire son choix demande à essayer, à faire des rencontres. De plus, trouver la maison d'édition pour  laquelle notre texte sera édité, nécessite d'être constamment soutenu pour être dévoilé au grand jour.

C'est un choix certes difficile, pour lequel croire en soi est indispensable. J'ai appris qu'écrire développe la persévérance.

Il existe désormais l'auto-édition, qui peut être une voie d'accès plus souple et facile d'accès. L'important est d'accepter les critiques, et de se remettre en question, si nécessaire.

Mon conseil pour ceux et celles qui souhaitent se lancer, est de commencer à partager ses textes via les plateformes d'écriture en ligne. C'est un moyen efficace d'avoir un retour constructif instantané et souvent bienveillant de la part des lecteurs, et de se sentir conforté et serein pour s'élancer dans l'écriture.

 

J'ai commencé par me faire connaitre via la plateforme d'écriture française pour la jeunesse du nom de Whisperies. Ce système m'a permis de

proposer mes textes, à des enfants, me permettant de directement recevoir leurs retours. J'adore le regard qu'ils portent sur mes textes car ils sont sans filtre et spontanés, et grâce à eux, j'ai évolué.

 

Que cherchez-vous à transmettre à travers vos livres ?

 

De l'émotion ! Mes origines m'ont offert la possibilité de beaucoup voyager, et je me suis naturellement interrogée sur la place que j'avais à prendre, parmi les différentes cultures qui sont les miennes, et pour lesquelles j'avais l'impression de me sentir détachée, sans pouvoir m'identifier à elles. L'idée qui en résulte est la suivante : à travers mes mots, je souhaite parler de tolérance et de différence. Aujourd'hui, quand j'observe mon fils, qui est très réceptif au monde qui l'entoure, je perçois en lui ce que j'ai vécu, et c'est une manière pour moi de perpétuer cette idée. Le voir grandir m'inspire et nourrit l'imaginaire qui a toujours était le mien.

 

Lorsque j'ai écrit sur transition énergétique, en collaboration avec anciennement GDF Suez, j'ai pris conscience que les petits détails anodins que nous pouvons véhiculer auprès des enfants, comme éteindre la lumière, trier ses déchets, etc. pouvaient être expliqués de manière ludique à travers une histoire, car c'est bien souvent en se confrontant à des personnages qu'ils aiment, ou qu'ils leur ressemblent, que les enfants prennent conscience des messages que nous pouvons leur transmettre. Leurs gestes peuvent alors changer plus facilement.

Les enfants sont perpétuellement en quête de découvertes et d'apprentissage. Leur donner matière à nourrir leur curiosité à travers des histoires est un très beau moyen d'instaurer le dialogue entre eux et nous.

 

J'ai aussi fait le choix de sélectionner les mots justes et adéquats pour chaque histoire que j'écris, car notre langue française est très belle, et mérite d'être utilisée comme il se doit, sans l'appauvrir davantage. Pour étayer mon propos,  je prends l'exemple du roman "Le club des cinq" qui m'a accompagné durant mes lectures enfantines. Il existe un fossé entre les textes d'autrefois, et ceux d'aujourd'hui. Mon fils qui les a comparé m'a dit qu'il préférait ceux d'avant, car au moins les mots étaient porteurs de sens, et d'un vocabulaire plus riche, qui donnait envie de poursuivre la lecture.

 

Comment choisissez-vous d'illustrer vos ouvrages ?

 

En travaillant via la plateforme Whisperies, j'ai rencontré beaucoup d'illustrateurs, avec lesquels je collabore encore aujourd'hui. En fonction du texte que je souhaite illustrer, je fais mon choix, et je préfère laisser carte blanche à l'illustrateur avec lequel je travaille, afin de le laisser s'imprégner de mon texte. Je suis souvent agréablement surprise par le résultat. J'ai par exemple rencontré une illustratrice, qui travaille pour la maison d'édition Nathan pour laquelle elle illustre des cahiers de vacances. J'ai aussi rencontré Eric Tournere, illustrateur avec la maladie de Parkinston qui s'est lancé dans le dessin pour maitriser ses tremblements. La collaboration que nous avons est précieuse, car la maladie d'Eric évolue, et tout peut s'arrêter à chaque instant, mais nous continuons notre travail, et son trait évolue. C'est beau, car bien que cette collaboration soit fragile, elle permettra à un homme de laisser sa trace sur terre.

 

Un prochain roman en tête ?

 

Plusieurs même. Mon roman qui vient de sortir et qui s'intitule "Hors limite" publié aux éditions City édition. Cette histoire a été écrite à quatre mains, avec l'auteure Geny H. David, pour laquelle j'ose pour la première fois décrire des scènes érotiques. C'est ma collaboratrice qui s'est prêtée à l'exercice, car c'est difficile d'assumer de les écrire moi-même.

L'histoire est celle d'une pilote de l'air dans armée de l'air, et d'un homme sage femme, qui vont connaitre une romance. Mon idée était de casser les codes du genre. Cette histoire est très personnelle, car ayant été réserviste au sein de l'armée de terre, les hommes et femmes étaient logés à la même enseigne, et j'ai naturellement eu l'envie d'écrire sur les femmes fortes dans ce métier.

 

Au sujet du deuxième roman "La malédiction des Atuas", écrit avec Morgane Scheinmeer, j'écris là aussi une romance axée davantage sur du fantastique, pour laquelle je mets en scène deux personnages issus d'univers et de villes différentes, qui vont se retrouver tatoués de symboles maori, qui dès qu'ils seront en contact les brûleront. A travers cette histoire, je souhaite montrer que la connexion spirituelle entre eux êtres est aussi belle que l'union charnelle. Pour cette histoire, je me suis beaucoup documentée sur les coutumes maori, et j'ai appris que chaque tatouage avait, selon son époque, une histoire différente à raconter, en fonction de la caste dont les maori étaient issus.

 

Trois albums jeunesse sont attendus pour cette fin d'année.

Le premier album met en scène la rencontre d'une petite fille et d'un cheval; le second est la suite de "Trois amis bien différents", qui rassemble trois amis bien différents, un pirate, un indien et un chevalier autour de la question de la jalousie.

Quant au dernier album, son histoire se déroule au sein d'une famille souris

dans la rue Saint-Michel à Paris, qui décide de faire les poubelles des restaurants pour se nourrir, et qui par le biais de rencontres avec une famille de rats, apprendront les notions de générosité et le partage.

 

Actuellement, je travaille déjà sur les livres qui seront publiés en 2021.

 

Quelles sont, selon vous, les qualités nécessaires pour être un bon auteur ?

 

L'imagination, l'originalité et surtout l'envie de transmettre. Si l'auteur écrit sans émotion, le lecteur le ressentira. La ténacité est une qualité importante, car bien souvent les gens font l'amalgame entre métier et passion, et sont très critiques envers notre travail. Les critiques sont à prendre avec du recul, car elles sont une source d'inspiration pour nous améliorer, si bien sûr elles sont constructives. Je dirais aussi et surtout, qu'écrire doit avant tout rester un moment pour se faire plaisir. Moi par exemple, j'ai trouvé mon rythme, en travaillant sur plein de sujets différents, en me diversifiant. Et même si certains de mes lecteurs ne comprennent pas toujours pourquoi j'écris des genres si différents, je m'écoute, et me laisse guider par ma plume. J'évite de me freiner, et au moins mes histoires peuvent intéresser un public très diversifié. C'est souvent perçu d'un mauvais œil par les maisons d'édition, qui pensent que l'auteure sera moins performant s'il se diversifie trop, mais je pense au contraire que c'est une force, et je l'entretiens.