Par Stéphane Théri

« La culture... ce qui a fait de l'homme autre chose qu'un accident de l'univers.»                        

                                       André Malraux

Préambule !
André Malraux 

André Malraux

Que dirait le père de nos maisons de la culture devant nos théâtres fermés, nos salles de cinéma vides, les portes closes de nos musées et le silence de mort qui a remplacé les applaudissements si chers aux spectacles vivants ?  Je veux croire qu'il aurait répété cette phrase au combien lourde de sens : "

 

"Dans un univers passablement absurde, il y a quelque chose qui n'est pas absurde, c'est ce que l'on peut faire pour les autres."

 

André Malraux

 

Malraux, Une voie royale, à  dimension variable !

Dire qu'André Malraux était un homme ne suffit pas ! André Malraux était un aventurier, un homme de lettre, un homme politique, un homme d'état, un militant antifasciste, un autodidacte et bien plus encore.....

 

Il est né le 3 novembre 1901 dans le 18e arrondissement de Paris et mort le 23 novembre 1976 à Créteil (Val-de-Marne). j'ai découvert l'auteur avec "La voie royale".

Un autodidacte précoce !

 

En 1915, André Malraux entre à l'école supérieure de la rue Turbigo à Paris. Il fréquente les bouquinistes et se rend régulièrement au théâtre, au cinéma, dans les lieux d'exposition et les concerts. 

 

En 1918, après avoir été refusé par le lycée Condorcet de Paris, il abandonne ses études secondaires et n'obtiendra donc jamais son baccalauréat. 

 

En 1919, il travaille  pour le libraire-éditeur René-Louis Doyon, qui fait le commerce des livres rares ; c'est ainsi qu'il fait la connaissance de Max Jacob, amateur d'occultisme, dont il fait le sujet de son premier article. Il fréquente les milieux artistiques de la capitale, étudie partout les œuvres d'art anciennes et modernes, et suit très librement des cours au musée Guimet et à l'École du Louvre. 

 

René-Louis Doyon fonde en 1920 sa revue, "La Connaissance" et ouvre ses colonnes à Malraux, qui publie alors ses premiers textes dès 1920 (essais de théorie littéraire, comptes rendus critiques et premières proses). Les œuvres de cette époque appartiennent au genre farfelu — c'est Malraux qui ressuscite le terme — proses poétiques influencées par l'expressionnisme allemand et la poésie cubiste d'Apollinaire ou de Max Jacob.

 

 Il entame également une collaboration à la revue "Action" dans laquelle il publie des articles sur Lautréamont et André Salmon, éditant aussi des textes peu connus du poète Jules Laforgue.

 

Il n'a que dix-huit ans lorsqu'il publie son premier livre, "Lunes en papier", dédié à Max Jacob.

 

Il devient ensuite, entre 1921 et 1923, le directeur littéraire des éditions du Sagittaire, où il côtoie Jean Cocteau et d'autres écrivains en herbe. De  1926 à 1933, Malraux enfonce le clou qui fera de lui un romancier et obtient le prestigieux prix Goncourt 1933 pour "La condition Humaine".

 

André Malraux laisse en héritage plus de 50 ans d'écriture et de publications,  des discours célèbres par leur force et une carrière d'homme d'état d'une rare intensité. C'est un monument de la République Française et de son histoire. 

 

1920 : Des origines de la poésie cubiste, article dans La Connaissance, puis dans Action et des articles sur : Lautréamont et André Salmon.

1921 : Lunes en papier, édité par la galerie Simon (Kahnweiler) Paris, gravures sur bois de Fernand Léger. Ainsi que des textes brefs : Les Hérissons apprivoisés – Journal d'un pompier du jeu de massacre.

1922 : Des lapins pneumatiques dans un jardin français, texte farfelu. Écrit dans Dés des articles sur : Gide, Gobineau, Max Jacob, et préface le catalogue de l'exposition Galanis.

1924 : Écrit pour une idole à trompe textes farfelus donnés en revues et repris dans les Œuvres complètes, vol.1, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.

1925 : L'Indochine, journal qu'il réalise avec Paul Monin, 29 éditoriaux ; puis après interruption devient : L'Indochine enchaînée, 25 éditoriaux, dernière parution le 24 février.

1925 : L'Expédition d'Ispahan, en août sous le pseudonyme de Maurice Saint-Rose.

1926 : La Tentation de l'Occident, chez Grasset.

1927 : Écrit pour un ours en peluche (in-900) – Le voyage aux îles Fortunées (Commerce) – D'une jeunesse européenne dans le livre collectif intitulé : « Écrits », chez Gallimard.

1928 : Les Conquérants, chez Grasset.

1928 : Royaume-Farfelu, chez Gallimard.

1930 : La Voie royale, chez Grasset, prix Interallié (ouvrage présenté comme le 1er volume des Puissances du désert).

1932 : préface de L'Amant de lady Chatterley de D. H. Lawrence.

1933 : La Condition humaine, chez Gallimard, prix Goncourt le 7 décembre 1933. Préface le : Sanctuaire (roman) de William Faulkner.

1935 : Le Temps du mépris, chez Gallimard.

1937 : L'Espoir et, dans la revue Verve son premier texte sur La Psychologie de l'art.

1938 : Espoir, sierra de Teruel, (mise en scène du film) qui sortira en 1945 en France sous le titre de L'Espoir.

1939 : Laclos, étude publiée dans : Tableau de la littérature française.

1941 : Le Règne du Malin, texte inachevé publication posthume.

1943-1948 : La Lutte avec l'ange, première partie, 1943, Éditions du Haut-Pays à Lausanne (la Gestapo aurait brûlé la suite du manuscrit) ; ce volume sera ensuite retitré Les Noyers de l'Altenburg, 1948, Gallimard, Paris.

1946 : Le Démon de l'Absolu, consacré à T. E. Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, dont il publiera un extrait sous le titre N'était-ce donc que cela ?

1946 : Esquisse d'une psychologie du cinéma.

1947 : Les Dessins de Goya au musée du Prado et Le Musée imaginaire, premier tome de la Psychologie de l'art, ouvrage dédié à Madeleine Malraux.

1947 : Romans parution du premier volume de ses Romans dans la bibliothèque de la Pléiade.

1948 : Le Rassemblement, hebdomadaire qu'il crée.

1948 : La Création artistique. Écrit des articles dans Le Rassemblement. Parution de The Case for de Gaulle, qui donne un dialogue entre James Burnham et Malraux.

1949 : Liberté de l'esprit, revue du RPF qu'il crée et à laquelle il collabore, la direction est confiée à Claude Mauriac.

1949 : La Monnaie de l'absolu, 3e volume de la Psychologie de l'art.

1950-1978 : Saturne et de nombreux articles dans : Carrefour, Le Rassemblement, La Liberté de l'esprit, le destin, l'Art et Goya.

1951 : Les Voix du silence, qui est une nouvelle version de La Psychologie de l'art.

1952 : La Statuaire premier tome du Musée imaginaire de la sculpture mondiale, chez Gallimard. Préface de nombreux ouvrages dont : Qu'une larme dans l'Océan de Manès Sperber.

1953 : lettres préface à Chimères ou Réalités.

1954 : Des bas-reliefs aux grottes sacrées et Le Monde chrétien chez Gallimard.

1957 : La Métamorphose des dieux, deviendra le premier volume (Le Surnaturel) de la trilogie qui reprend ce titre (voir plus bas).

1964 : Entre ici…, lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon (repris dans Oraisons funèbres).

1967 : Antimémoires, (première partie du Miroir des Limbes). En 1972 : Antimémoires. Nouvelle édition revue et augmentée.

1971 : Les Chênes qu'on abat… (repris dans La Corde et les Souris).

1971 : Oraisons funèbres (huit oraisons reprises dans Le Miroir des Limbes en 1976) — préface le livre Souvenir à Charles de Gaulle.

1974 : La Tête d'obsidienne (repris dans La Corde et les Souris).

1974 : Lazare (repris dans La Corde et les Souris).

1974 : Le Surnaturel, La Métamorphose des Dieux I (paru en 1957 sous le titre La Métamorphose des Dieux).

1975 : Hôtes de passage (repris dans La Corde et les Souris).

1975 : L'Irréel, La Métamorphose des Dieux II.

1976 : La Corde et les Souris (seconde partie du Miroir des Limbes).

1976 : Le Miroir des limbes (constitué des volumes suivants : I. Antimémoires, II. La Corde et les Souris, et Oraisons funèbres), publié en octobre dans la Pléiade.

1976 : L'Intemporel, La Métamorphose des Dieux III.

 

Publications posthumes :

 

1977 : L'Homme précaire et la Littérature, Gallimard.

1998 : Entretiens avec Tadao Takemoto, Au Signe de la Licorne (partie d'un ouvrage paru au Japon).

2006 : Carnet du Front populaire (1935-1936), François de Saint-Cheron (éd.), préf. Jean-Yves Tadié, Gallimard.

2007 : Carnet d'URSS (1934), François de Saint-Cheron (éd.), préf. Jean-Yves Tadié, Gallimard.

2012 : Lettres choisies (1920-1976), François de Saint-Cheron (éd.), préf. Jean-Yves Tadié, Gallimard (édition revue et augmentée, Gallimard, coll. « Folio », 2016).

2013 : Non, fragments d'un roman sur la résistance, Henri Godard et Jean-Louis Jeannelle (éd.), avant-propos et postface d'Henri Godard, collection Les Cahiers de la NRF, Gallimard.

2016 : Correspondance (1941-1959) et autres textes, correspondance croisée avec Albert Camus, édition de Sophie Doudet, Gallimard.

 

Publications...

En 1958, Malraux a pris en charge le premier ministère des Affaires culturelles, qui regroupait les arts et les lettres, l'architecture, les archives et le cinéma. Il donne une impulsion nouvelle à la restauration et à la protection des monuments et des sites : restauration du château de Versailles, ou encore campagne de ravalement des grands monuments de Paris et des quartiers anciens (loi Malraux du 4 août 1962).

 

Il crée l'Inventaire général des richesses artistiques de la France, stimule l'activité théâtrale et poursuit la décentralisation avec les centres dramatiques de province et la réforme du Conservatoire ; il multiplie les expositions et les points d'exposition ; il étend aux écrivains la sécurité sociale. Il entreprend, sans en voir la réalisation, la réforme de l'enseignement de l'architecture et de la musique.

 

On lui doit la création de la Caisse nationale des lettres en janvier 1946, et celle du Centre national d'art contemporain en 1967.

 

La politique culturelle de Malraux favorise surtout les arts qui ont le plus d’effet sur les masses : arts vivants, musées, cinéma (il crée le label Art et Essai), musique… La culture de Malraux en matière d’art et sa fraternité à l’égard de plusieurs artistes de premier plan (Matisse, Braque, Picasso, Giacometti) distinguent particulièrement l'œuvre du ministre : commandes du plafond de l’Odéon à André Masson en 1963, du plafond de l’opéra de Paris à Marc Chagall en 1962, envoi de La Joconde de Vinci aux États-Unis en 1963 ; Malraux n’a de cesse de faire rayonner la culture française dans le monde.

 

On lui doit notamment le système d'avance sur recettes, mis en place par un décret de juin 1959, qui reste de nos jours un moteur important de la création cinématographique en France.

 

À la même période, il fondait la Biennale de Paris, manifestation d'art dont le but était la valorisation de la jeune créativité française et internationale et le renforcement de la présence artistique française dans le monde.

 

 

15 mai 1959

 

Ministre d’État chargé des Affaires culturelles depuis janvier 1959, André Malraux évoque au Festival de Cannes les cinés-club qui vont être créés dans les futures Maisons de la culture : « […] avant trois ans, dans tous nos départements, chaque Maison de la culture possédera son ciné-club. »

 

1961

 

André Malraux étrenne la première Maison de la culture au Havre quand le IVe Plan (1962-1965) en prévoit la création d’une vingtaine en quatre années.

 

« Vous aurez, nous dit-on, quatre, cinq ou six maisons de la culture avec le Ve Plan. Mais il ne s’agit pas du tout d’avoir quatre, cinq ou six maisons de la culture. Il ne s’agit pas d’avoir une jolie maison à Amiens où nous mettons des Fragonard. Il s’agit de faire ce que la IIIe République avait réalisé, dans sa volonté républicaine, pour l’enseignement ; il s’agit de faire en sorte que chaque enfant de France puisse avoir droit aux tableaux, au théâtre, au cinéma, etc., comme il a droit à l’alphabet. » (extrait du discours d’André Malraux à l’Assemblée nationale le 27 octobre 1966).

 

24 juin 1961

 

 Inauguration de la Maison de la culture du Havre.

 

« Il n’y a pas une maison comme celle-ci au monde, ni même au Brésil, ni en Russie, ni aux États-Unis. Souvenez-vous, Havrais, que l’on dira que c’est ici que tout a commencé. »

(André Malraux, extrait du discours d’inauguration)

 

Le ministère des Affaires culturelles, créé pour conserver Malraux au gouvernement, sera pérennisé après son départ en 1969.

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