Les Mots Vilains

La vision des petits orchestrée

par Delphine Groux

La génèse et l'approche de Delphine...

Les Mots Vilains, ou les petits soldats du harcèlement ...

 

En tant qu’adulte réfléchie, si je ne suis pas capable de gérer mes émotions et faire valoir mon droit à la tranquillité, un enfant plus démuni en a d’autant moins les moyens.

 

 

C’est de ce constat qu’est née l’idée d’une exposition de tableaux jouant avec le vocabulaire du harcèlement :

 

Une panoplie de «Mots Vilains» mis en scène de façon joyeuse, poétique et ludique.

 

J’ai abordé le sujet en le détournant/retournant, en en prenant le contre-pied avec de la tendresse, de l’humour... en lui faisant un pied de nez avec des couleurs, des jeux de lumière et de matières. Les œuvres devaient susciter le questionnement et la réflexion autour de notions souvent méconnues, et, par le biais des images et des mots, ouvrir une fenêtre favorisant le dialogue, notamment à l’école et dans les familles.

 

J’ai soumis ce projet à Florence Brucy, responsable des expositions au CSCS Amicale Laïque de Saint-Yrieix/ Charente. Immédiatement emballée par l’idée, elle m’a donné l’opportunité d’intervenir dans les écoles Nicolas Vanier et Claude Roy. J’ai proposé aux deux classes de CM2 un atelier arts plastiques inscrit dans la continuité de ma démarche artistique, avec comme mot d’ordre de tordre le cou aux Vilains Mots/maux pour en faire de jolies choses.

 

Dans un premier temps, j’ai raconté aux enfants mon histoire, de manière à aborder avec eux quelques aspects du harcèlement. S’en est suivi un débat fort intéressant et instructif pour tout le monde. J’ai été impressionnée par leur faculté de compréhension et leurs questions perspicaces. Avec une grande curiosité, ils étaient en demande d’explications, de clarté, d’informations sur le sujet qui suscitait visiblement leur intérêt à tous.

 

Dans un second temps, les élèves ont habillé des cubes en carton et papier pour former des «Mots Vilains» à la manière des jeux cubes-lettres. Chacun a illustré sur les faces de son cube une des lettres du Mot Vilain choisi, et ce, dans un esprit de fête, avec des couleurs vives, des paillettes et papiers brillants... Seule une face devait être illustrée au premier degré, de façon à ce que l’enfant puisse exprimer son sentiment (colère, tristesse...) vis-à-vis du Mot Vilain écrit sur la face en question.

 

Répondant merveilleusement à la demande, leurs œuvres viennent complémenter les miennes dans le hall d’exposition de l’Esplanade. Elles sont pleines de joie de vivre et de liberté d’épancher leurs goûts pour la couleur et les «licornes». Quant aux faces «sombres», elles ont permis à certains de «dire» probablement les choses douloureuses qui pèsent sur eux.

 

 

Mon message était bien celui-ci : Exprimez votre douleur ou votre tristesse à travers l’art, que ce soit la danse, la musique, le chant, la peinture ou l’écriture... mais exprimez-le.

 

 

Quant à mon travail, il se compose de18 tableaux (collages et techniques mixtes sur papier chiffon), soit 18 Mots Vilains (médisance, moquerie, injure, etc.). Ses différents niveaux de lecture invitent le spectateur à se faire ses propres connexions sémantiques.

 

Plantant le thème en préambule de ces tableaux, des lettres en carton 3D composent le mot «harcèlement». Chacune, dans un style qui lui est propre (épuré, BD, steampunk, industriel, scrabooking, ludique...) dialogue avec les autres.

 

Pour les tableaux, j’ai travaillé la typographie sur ordinateur avant d’imprimer les lettres que j’ai parfois retravaillée avec de la peinture, dorure, strass et autres matières. Je voulais garder un aspect artisanal, a n de donner à l’observateur un sentiment de proximité et la sensation que le mot est palpable, octroyable, prenable...

 

Les lettres en reliefs du mot «harcèlement» sont traitées sur un registre sémantique et visuel plus étendu. La rudesse, la noirceur ou la violence exprimée se heurte visuellement, avec plus ou moins d’humour ou de délicatesse, à l’esthétique joyeuse, douce ou poétique... une autre façon d’utiliser la force expressive des contrastes.

 

Une «Lettre ouverte» inspirée par l’Albatros et Spleen de Baudelaire, et intercalée dans le mot «harcèlement», dresse le ressenti d’une victime...

 

Les Vilains Mots n’ont qu’à bien se tenir !

Les Mots Vilains, ou les petits soldats du harcèlement ...

 

Des menus conflits de voisinage, de l’incompréhension, de l’irrespect...

Puis des railleries, des médisances et autres marques d’hostilité à répétition, à priori anodines...

Lorsque j’ai compris le mécanisme dont j’étais victime, le mal était déjà bien ancré,

mais «Tant qu’on reste conscient, c’est un moindre mal, non ?»

[Mme Coulter, À la Croisée des Mondes - P. Pullman].