BIOGRAPHIE 

Nathalie Cougny

Artiste peintre, écrivain

Nathalie Cougny est artiste peintre depuis 1996 et écrivain, poète et auteur, publiée depuis 2011.

Née en 1967 et maman de 4 enfants, elle vit actuellement en région parisienne. Elle est également présidente et fondatrice de l’association « Les maltraitances, moi j’en parle ! » et membre de StopVEO, Enfance sans violences.


En 1998, elle quitte son activité professionnelle au sein de la direction d’un grand groupe pour se consacrer au bénévolat dans le milieu artistique et auprès des enfants durant plus de 10 ans. Elle co-dirige dès lors une école d'Art de 200 élèves, organise de nombreuses expositions d'artistes et des événements au profit d’un établissement pour enfants handicapés déficients moteurs cérébraux (un des projets devient pilote en France : une salle Snoezelen).


En 2009 sa vie bascule, suite à des changements importants dans sa vie personnelle elle repart à zéro. Comme un vent de liberté, sa peinture prend une nouvelle dimension, après 13 ans de figuratif Nathalie se lance dans l’abstrait, obtient une cotation et démarre son chemin d’auteur. Totalement inconnue et novice dans ces milieux de l’édition ou du spectacle, elle se fait connaître avec la poésie sensuelle. Nathalie Cougny fait de belles rencontres, sa volonté de partager ses expériences et sa vision de la société est grande. Elle a publié 17 livres depuis 2011 : poésie sensuelle, livres de société, albums jeunesse, romans et un récit. Elle écrit également un one woman show joué près de 100 fois en 2016/2017 et un projet de documentaire avec Boris Cyrulnik.


Femme et artiste libre, en 2009, elle s’engage dans la lutte contre les violences faites aux femmes et la maltraitance des enfants.
Nathalie fait bouger les lignes et éveille les consciences à sa façon, très suivie sur les réseaux sociaux notamment. Elle porte la voix des femmes victimes de violence à travers ses livres et événements. Elle mène diverses actions personnelles et participe à des projets porteurs : événements, chansons, clips, interventions dans les écoles, collèges et lycées, tribunes, conférences, … Elle aide également, depuis longtemps, des personnes dans leur reconstruction.


Après avoir publié son roman « Paris-Rome et Nietzsche rencontre Charlotte », Nathalie est sollicitée pour co-écrire plusieurs livres avec des personnalités.
En août 2019, Nathalie Cougny écrit son 17ème livre en seulement 1 mois : « Amour Amor », sur la relation mère enfant à travers une histoire d’amour de « flammes jumelles ». Elle évoque ce sujet encore tabou des mères toxiques, nocives, ou complices des violences sur leur enfant. Sans pathos, mais sans complaisance avec la réalité, elle décortique et analyse le rôle fondamental de la mère et ses pouvoirs. Un livre qui répond également aux souffrances de notre enfant intérieur et lui donne des réponses.


Déterminée à faire prendre conscience des conséquences de la maltraitance sur les enfants, elle ne dévie pas de son objectif. Elle écrit un album jeunesse et monte un programme de prévention de la maltraitance et des agressions sexuelles sur mineurs : « Les maltraitances, moi j’en parle ! ». En septembre 2020, elle crée l’association du même nom pour aller sensibiliser les enfants dans les écoles et collèges de France et former les enseignants.
Soucieuse de faire avancer les mentalités vers davantage d’ouverture, de compréhension et de respect, ses thèmes de prédilection sont donc l'amour sous toutes ses formes et les violences. Après des formations en art et en psychologie, passionnée par l’humain et son fonctionnement, elle s’attache à faire ressortir dans son écriture la force des sentiments, la diversité des émotions et tout ce qui nous lie à la vie dans une vision humaniste des rapports, sans tabou.

BIBLIOGRAPHIE 

Livres de société
Dis, pourquoi tu m’fais du mal ? Mettons fin aux maltraitances faites aux enfants - Sudarènes éditions, mars 2017 (meilleure vente à sa sortie chez le diffuseur).
Les voix des femmes - Contre les violences sexuelles envers les femmes - Sudarènes éditions, mai 2015. Préface de Marie-France Casalis, porte-parole du Collectif Féministe Contre le Viol - 4ème de couverture de Najat Vallaud-Belkacem.

Secrets de femmes ! À cet instant de l’autre - Au Pays Rêvé, mai 2013.

 

Romans


Amour Amor - Les éditions du Net, juin 2020 - 4ème de couverture Denis Benedetti
Paris-Rome, et Nietzsche rencontre Charlotte - Suivi de « Rencontre à risque - Publilivre Editions, mai 2019 - 4ème de couverture Gilles Trichard (Paris Match - Européens), Yannick Urrien (Kernews Radio - Bourse plus), Bénédicte (Ô magazine).
Sex&love.com - Petite parodie des sites de rencontres, Sudarènes éditions, juin 2016 - 4ème de couverture Mélanie Courtois (Magazine Sensuelle).
Amour et confusions… - Sudarènes éditions, janvier 2016 - 4ème de couverture Estelle Gapp (France Inter).

 

Jeunesse
 Les petites histoires de Charlotte - Au Pays Rêvé, juin 2014, 2 albums.
-    Moi j’veux qu’on m’aime !
-    Moi, je suis contre le sexisme !

 

Poésie
Attrape-rêves - Carnet amoureux, 64 pages, mars 2021, tirage limité et numéroté à 200 exemplaires, livre/objet intimiste composé de textes, photos et peintures, imprimé en France par l’auteur.
Adoration - Poésie libre et sensuelle, 109 pages, Mon Petit Editeur, Déc. 2017.
Comme des baisers - Poésie libre et sensuelle, 103 pages, format Kindle, février 2015.   
Tentations - Poésie libre et sensuelle, lettres d’amour, 135 pages - Editions Au Pays Rêvé, juin 2014
Les murs ont des poètes, 154 pages, recueil de poésie de 10 auteurs Facebook, tous les droits d’auteur sont reversés à l’association Laurette Fugain, dons de vie. Editions Edilivre - 2013.
Entre eux deux ! Poésie libre et sensuelle, 80 pages, Mon Petit Editeur, Déc. 2012.
Enlace-moi ! Réflexions au détour de l’amour, 182 pages, Mon Petit Editeur, mars 2012.  
(ta) Plénitude - Carnet amoureux, 40 pages, janvier 2012, tirage limité et numéroté à 200 exemplaires, livre/objet intimiste composé de textes et de quelques-unes de mes peintures, publié sous forme de souscription (épuisé).
Amour de profils - Poésie libre et sensuelle lettres d’amour, 178 pages, Mon Petit Editeur, avril 2011.

 

Spectacle
Sex&love.com, écriture d’un one woman show produit par Artlive Production, 2016 (près de 100 représentations à Paris et en province).

 

Documentaire
Du silence à la parole - Ecriture d’un documentaire de 52’ sur la reconstruction après un abus sexuel et le suivi des détenus à leur sortie de prison. Avec Boris Cyrulnik, neuropsychiatre.

 

Clips
Eduquons sans violences ! Production d’un clip de prévention des Violences Educatives Ordinaires (VEO) - Juin 2020. Avec le soutien de StopVEO, Enfance sans violences, Les maltraitances, moi j’en parle ! et le Secrétariat d’Etat chargé de l’Enfance et des Familles. Sur la plateforme Lumni de France télévisions.
C’est mon corps, c’est ma vie ! réalisation et production d’un clip de prévention des agressions sexuelles sur mineurs. Novembre 2018 - Sur la plateforme Lumni de France télévisions.

I N T E R V I E W 

1/ Nathalie, quand certains ont des parcours d’une linéarité exemplaire, vous semblez suivre un parcours sinueux de «touche à tout» dans lequel chaque étape ressemble à une nouvelle quête. Alors, coups de plume, coups de pinceau et coups de gueule s’enchaînent. Dans le foisonnement de vos actions, avez-vous un fil conducteur, un fil rouge que vous êtes seule capable d’identifier ? Vers quoi allez-vous !


Bonjour Stéphane et merci pour cette interview en miroir (sourire).

Mes activités se rejoignent sur un axe majeur pour moi : l’humain.

 

Que ce soit à travers mes écrits, ma peinture ou mes actions contre les violences, il s’agit toujours de parler d’humanité et de rassembler. Par l’écrit, j’explore la condition humaine, principalement autour de l’amour. Par la peinture je visite mon « moi » intérieur, inconscient, pour partager des émotions et à travers mes actions, je tente de faire prendre conscience que la violence est destructrice et modifie les relations humaines. Je n’ai pas choisi ces voies, elles sont venues à moi souvent dans l’urgence d’une situation, la peinture pendant une sévère dépression ; l’écriture à la suite de mon divorce ; ainsi que les actions contre les violences. Mais je crois que tout cela sommeillait en moi car je dessinais déjà beaucoup quand j’étais petite, j’ai écrit quelques poèmes à la mort de mon père de cœur à 14 ans et la vie de ma mère a joué un rôle important dans mon combat contre les violences, sexuelles notamment. Donc, tout cela s’est révélé au bon moment.

Mais c’est vrai que depuis toujours la psychologie me passionne, le fonctionnement des êtres et surtout leur histoire car pour moi, on est tous issus d’une histoire qui nous façonne et il est essentiel de la connaitre et de la comprendre, sans jugement. Nous sommes complexes, avec un passé, j’aime bien cette phrase de Françoise Sagan : « Je me demande ce que le passé nous réserve… ». On dit qu’il faut vivre au présent, c’est quelque chose de difficile, je pense que pour arriver à cela, il faut être en paix avec son passé ou son histoire, ce qui est lié.

J’ai découvert Nietzsche à l’âge de 14 ans, je l’ai beaucoup lu, sous toutes les coutures et longtemps, encore aujourd’hui j’éprouve le besoin de le lire par moment, il me permet de prendre du recul, il m’a apporté une grande ouverture sur le genre humain et une liberté d’esprit indéniable. C’est une « rencontre » majeure dans ma vie. Il n’y a pas réellement de quête, j’avance librement, j’aime avoir des projets qui ont du sens et tournés vers les autres, plusieurs en même temps. Souvent, j’ai une idée qui part de rien et ça se termine en événement important, totalement imprévu et même impensable. C’est un concours de circonstances et des rencontres essentielles. Après, c’est vrai que j’ai pas mal d’énergie, je suis très active, assez tenace, je travaille beaucoup et avec passion.

 

2/ Sentiment, émotion, séduction, désir, passion, adoration, amour, filiation, lequel de ces mots vous parle le plus et pour quelles raisons ?

 

C’est incontestablement le mot « amour », qui contient d’ailleurs tous les autres. L’amour est pluriel et multiple, il n’est pas un schéma bien défini, comme celui dans lequel on nous a « enfermé » en ce qui concerne le couple par exemple : le mariage, la vie à deux, sous le même toit, coûte que coûte. D’ailleurs, il n’existe plus un modèle de famille, il en existe plusieurs, comme il n’existe pas un modèle d’amour. C’est celui qui me parle le plus parce que justement il a de multiples résonances et c’est un très joli mot qui n’est pas assez répandu, déclaré. C’est celui qui me parle le plus parce qu’il est le point central de tout, si on ne met pas d’amour dans ce que l’on fait, ça ne marche pas ; si on n’a pas d’amour en soi pour les autres et soi-même, il ne se passe rien d’intéressant et on a tous besoin d’amour, quelle qu’en soit la forme. Donner de l’amour à l’instant T, dans la présence, est aussi important, dire ce qu’on ressent, ses émotions, ce que l’autre nous apporte est essentiel, sans pour autant parler d’engagement. De toute façon l’amour est libre, c’est lui qui nous prend ou qui nous perd et c’est souvent lié aussi à la façon dont on a été aimé enfant et notre construction. Dans l’amour, on exprime aussi ses manques, ses névroses, ses besoins, ses désirs, ses frustrations, on cherche souvent à combler des vides ou à réparer des blessures. On attend souvent beaucoup de l’autre et aussi ce qu’il ne pourra pas nous donner, c’est pourquoi l’amour ne dure qu’un temps ou s’éteint, dans de nombreux cas.

Mais c’est un thème intarissable que ce soit en littérature, au cinéma, parce que justement il n’est jamais le même et nous emporte toujours avec autant d’enthousiasme.


3/ Connaissance, mémoire, conviction, action, combat, dépassement, lequel de ces mots vous parle le plus et pour quelles raisons ?

 

Dépassement me fait tout de suite penser à Nietzsche, encore lui (sourire), et au dépassement de soi pour le grand « Oui à la vie ». Parfois nous sommes obligés de nous dépasser pour répondre à un évènement inattendu, et parfois on veut se dépasser naturellement, pour répondre à une performance, se prouver des choses à soi-même ou changer de vie. Je pense que nous sommes tous capables de dépasser qui nous sommes, à condition de se dévêtir du conditionnement, des préjugés, de ne pas entrer pleinement dans un système, d’essayer de garder sa singularité quoi qu’il arrive, c’est notre richesse. Mais nous sommes dans une époque compliquée qui nous enferme elle-même, tout va très vite, on veut tout, tout de suite, on ne prend pas le temps, on devient esclave des technologies, on veut consommer et non plus savourer, il faut du rendement, du chiffre, du profit ; il nous faut remettre un peu de philosophie, de sagesse et aussi de la pertinence, du contradictoire.

 

5/ Si je vous dis que la poésie vient à l’avant dernière position, juste devant le théâtre, dans la liste des genres littéraires les plus lus par les français, qu’est-ce que cela vous inspire ?

 

Je le sais et c’est assez terrible car la poésie a toute sa place, mais elle n’intéresse pas les médias déjà, c’est très peu vendeur, alors que personnellement c’est ce que je vends le plus. Il y a aussi beaucoup de poètes, qui se lisent entre eux. Après j’imagine qu’il y a de tout, mais ça reste très confidentiel car la poésie n’est jamais mise en avant ou très peu. Pourtant, c’est une lecture qui permet de s’évader rapidement, de rêver, de se retrouver dans des causes défendues aussi. La poésie permet une grande liberté d’expression, elle est franche, engagée, ne triche pas, elle sort des tripes et du cœur, elle est donc sincère.

 

6/ Si je vous dis également que depuis la création du Magazine, la poésie est le genre littéraire pour lequel nous recevons le plus d’offres d’auteur(e)s, est-ce que cela vous interroge ?

 

Non, parce que je suis dans ce milieu, je sais qu’il y a beaucoup de poètes, ça ne m’étonne pas. Tant mieux. Ça veut dire que les gens ont besoin de s’évader, d’exprimer leur ressenti, de sortir de ce monde et c’est un bon moyen pour le faire.


7/ En ce qui vous concerne, la poésie vous délivre-t-elle des affres de la vie ? Représente-t-elle une autre voie sur laquelle vous vous sentez plus apte à un exercice d’introspection porteur d’une liberté totale d’expression ?

 

Oui, la poésie est très libre, avec elle on peut aller du sentiment à l’érotisme facilement. Mais dès l’instant que l’on met des mots on fixe l’action, on donne une direction. C’est plutôt la peinture qui me permet une véritable introspection, car il y a une grande part d’inconscient, une confrontation directe avec son « moi » intérieur, une recherche de perfection, pas dans le geste mais dans les émotions que l’on souhaite retranscrire à travers la technique ; l’ensemble peut vous faire frôler une certaine « folie », car on atteint que très rarement cette perfection dans cette forme de langage. L’art, sous toutes ses formes, favorise d’emblée la liberté d’expression, c’est même son essence, sinon ce n’est pas de l’art. C’est pourquoi l’art doit rester libre et ne pas être jugé. Les artistes nous ouvrent leur vision du monde et de la société, parfois ils dérangent, c’est nécessaire pour bousculer les idées reçues, dénoncer ou soutenir des causes.  

Quand j’ai divorcé je n’avais plus grand-chose d’une femme, j’avais perdu ma féminité et ma sexualité. Je me suis retrouvée grâce aux hommes que j’ai rencontré, certains m’y ont aidé plus que d’autres. A ce moment-là, j’étais un corps vide, au fil des années, pour des raisons que je ne peux pas dévoilées publiquement, j’étais devenue vide d’amour et d’émotions. J’avais besoin de vivre et j’ai vécu. Il fallait que je vive toutes les émotions possibles et c’est ce que j’ai fait, pas pour les accumuler, mais pour trouver une vérité, la véracité de ces émotions, comme s’il fallait que je me prouve que ça existait bien, l’amour. La poésie est venue naturellement à moi et m’a permis de décortiquer les sentiments, d’écrire ce qui nous échappe, ce qu’on ressent mais qu’on ne peut pas dire. Elle ne m’a pas délivrée, ce sont les êtres qui vous délivrent, mais lorsque l’on est prête à tout vivre du verbe aimer pour rattraper des années de manque, on souffre forcément, et quand on souffre on a besoin de l’exprimer. La poésie et surtout la peinture m’ont souvent permis de ne pas sombrer.

C’était une nécessité, une réponse à ma vie d’avant, ce qui m’a permis de me découvrir, d’assoir ma liberté et une fois cette liberté acquise, il est hors de question de la perdre. Ce qui n’est pas toujours simple, on découvre pleinement ce que signifie le mot solitude, mais la solitude va avec la liberté. Alors, quand on est très libre, parler de sentiments amoureux, de sexe sans tabou, forcément ça questionne, surtout venant d’une femme. Mais en fait je n’ai jamais été jugée, ni étiquetée, ni considérée comme ce que je ne suis pas, j’ai été comprise et ça c’était l’essentiel.  

J’ai commencé à poster des poèmes sur Facebook et tout de suite l’écho a été très positif. Je me souviens avoir reçu des quantités de messages, dont celui d’une femme algérienne, qui est devenue une grande amie de cœur, une sœur, qui disait : « Tu écris ce que nous n’avons même pas le droit de penser ! » Cette phrase a été un déclencheur, je me suis dit qu’il fallait y aller, pour défendre la liberté d’aimer des femmes, la liberté sexuelle des femmes, qui n’est pas toujours comprise ni acceptée. Bien sûr, je n’ai pas été la première à le faire, mais notre société pose encore de nombreuses barrières en ce qui concerne la vie amoureuse et la sexualité des femmes, parfois même une régression.

J’ai donc décidé de publier mon premier recueil avec une certaine angoisse au départ, car je ne savais pas comment il allait être reçu. Ce n’est jamais facile de s’exposer entièrement, mais je l’ai fait aussi en me disant qu’il pouvait parler à d’autres et, une fois publié, ça ne m’appartenait plus, j’étais détachée de tout jugement, comme une protection. Ma surprise a été totale. J’ai reçu des dizaines et des dizaines de messages, de femmes et d’hommes, mais surtout de femmes qui me disaient que ça leur faisait du bien, qu’elles se retrouvaient secrètement ou pas, que ça les libérait. En dehors du fait que mes lectrices et lecteurs aimaient ma poésie, son style, elle leur apportait autre chose, une dimension, une ouverture, une compréhension, des désirs et c’est toujours le cas. Certains me racontaient même qu’ils lisaient des poèmes dans leur couple et que ça leur redonnait des envies. J’ai trouvé ça formidable.

Mais au-delà du plaisir de la lecture, mon but était de montrer, d’une part que l’amour n’est pas un schéma établi, prédéfini, qu’il est pluriel et, d’autre part, que les femmes ont le droit de vivre leur vie comme elles l’entendent et notamment leur vie amoureuse et sexuelle. Qu’une femme peut être mère et femme, amante, en même temps, et que ça n’amène pas à un jugement. C’est quelque chose que je défends vraiment, car on a tendance à enfermer les femmes dans un rôle et c’est insupportable. Quand un homme a des aventures, des conquêtes, c’est un Don-Juan, on ne trouve rien à redire, on est presque admiratif, et quand c’est une femme elle est immédiatement cataloguée, c’est une « salope ». Or, les femmes ont le droit de vivre ce qu’elles veulent et comme elles le veulent. Elles sont libres de leur vie et elles n’appartiennent à personne, ni à une conception de ce que doit être une femme.

« Une femme libre est exactement le contraire d'une femme légère», disait Simone de Beauvoir et c’est vrai. La liberté est quelque chose qui demande du respect, une réelle tolérance et une grande humanité. La liberté c’est tout sauf n’importe quoi, et c’est aussi ce que beaucoup ne comprennent pas. Être libre ne veut pas dire tromper, ne pas avoir de considération ou se moquer de tout, pas du tout. C’est juste choisir le mode de vie qui nous correspond le mieux et ce mode de vie n’est pas forcément celui de la majorité. Cette pluralité de l’amour, je l’explore plus profondément et explicitement dans mon roman « Amour et confusions… », parce que la poésie a aussi ses limites.

Donc ma poésie, qui n’est évidemment jamais vulgaire, rassemble les femmes et les hommes, elle fédère autour d’une forme de respect, d’ouverture, de liberté et de compréhension, c’est pour moi une grande reconnaissance d’arriver à cela.

 

4/ Si vous deviez résumer, en quelques mots, votre recueil de poésies « Adoration», que diriez-vous ? Quelles sont les moteurs de ce recueil ?

 

La poésie ne se résume pas, elle se vit, elle se ressent. Je donne un titre qui sert de repère mais si je le pouvais je n’en donnerais pas, comme pour ma peinture. Pour moi, ça enferme déjà la pensée, c’est pourquoi mes poèmes n’ont aucun titre. Ce recueil est dans la continuité des autres, ils évoluent au fil de ma vie et de ma propre évolution. Ce sont principalement mes rencontres avec des hommes qui me font écrire, quel que soit le temps qu’a duré la rencontre et quel que soit son contenu. Il peut ne rien se passer d’amoureux ou de sexuel, mais si un sentiment m’a traversé, des émotions qui appellent à des mots, des envies, quelque chose d’invisible mais que j’ai ressenti, alors je l’écris. Il m’est arrivé aussi de penser que j’écrivais pour me souvenir d’avoir été aimée, ayant beaucoup manqué d’amour dans ma vie, j’avais l’impression de figer les émotions, de garder une trace. Encore une fois, c’est lié à mon histoire et je n’ai pas choisi cette forme littéraire, mais elle correspond bien à mon tempérament.

8/ Nathalie, dans votre ouvrage auto-biographique «Amour Amor » vous évoquez la rencontre de deux âmes sœurs et toute la fébrilité qu’elle génère soudainement. Avant de nous sublimer, pensez-vous que l’amour  nous décompose ?


C’était davantage une rencontre de « flammes jumelles » que d’âmes-sœurs, j’ai découvert que c’était très différent. Il peut y avoir plusieurs rencontres d’âmes-sœurs dans une vie, plus rarement de flammes jumelles. Cela dit, j’ai découvert aussi que la relation de flammes jumelles n’était pas forcément positive en tout, loin de là, contrairement aux âmes-sœurs. Les flammes jumelles se rencontrent par une connexion d’âme très intense et bien souvent pour exorciser quelque chose de l’enfance. Cette rencontre, totalement inattendue, m’a permis d’arriver à comprendre ma relation avec ma mère et, de fait, ma relation aux hommes, la sienne avec sa mère, en même temps que je vivais cette histoire et que je l’écrivais. Nous avions tous les deux des mères avec une face très toxique. J’étais dans un autre monde, plus rien n’existait que cette histoire écrite en un mois, j’avais beaucoup de mal à en sortir, même pour le quotidien. Heureusement c’était au mois d’août, j’étais seule et quand mes enfants sont rentrés de vacances, je leur ai expliqué le contexte, car je n’avais pas terminé d’écrire et c’était impossible de rompre cette connexion. Je ne mangeais presque pas, je ne voyais quasiment personne, je ne faisais que vivre cette histoire et l’écrire. C’est une forme fulgurante d’amour, qui va vous chercher très loin, qui vous bouleverse totalement et vous fait perdre tous vos repères, mais pour aller réparer des blessures anciennes.

On ne choisit jamais ses rencontres, on peut juste décider d’y aller ou pas, mais si on y va, il faut l’assumer jusqu’au bout, dans le positif comme dans le négatif et n’en vouloir à personne, car c’est bien trop complexe. Évidemment, c’était une histoire impossible, de part notre différence d’âge, il avait 16 ans de moins que moi, et nos vies totalement différentes, mais nous devions nous rencontrer, c’était une évidence dans ce que cette rencontre nous a apporté à chacun, en tout cas à moi puisque qu’elle m’a permis de comprendre définitivement mon histoire familiale assez violente par endroit et d’écrire ce livre.

L’amour nous décompose ou nous (re)compose …. On quitte un état pour entrer dans un autre. Il n’y a pas que la chimie qui opère, il y a cette correspondance d’esprit, de corps et d’âme.  

 

9/ Pensez-vous qu’une passion soit faite pour durer ou juste pour nous bousculer un court instant et nous rappeler combien une vie est éphémère ?  Qu’est-ce qui vous a bousculée le plus dans votre parcours de vie ? Qu’en avez-vous gardé ?

 

La passion est une forme d’amour, mais pour moi ce n’est pas de l’amour au sens où je l’entends du moins. C’est une attirance irraisonnée des corps et destructrice. On est sous emprise de cette attirance sexuelle bien souvent, c’est une perversion de l’amour qui fait plus souffrir qu’autre chose. Il ne faut pas confondre passion et fusion. J’ai vécu une grande passion d’un an, en me jurant de ne jamais revivre cette expérience, car ça vous dépossède de tout, ça vous fait totalement dérailler et il faut être capable d’en revenir. Je l’ai vécu une seconde fois mais moins longtemps, je crois que nous avons tous des dispositions, comme celle de se laisser embarquer dans la passion, de l’attirer même, mais finalement ça n’a rien de positif.

Une passion ne peut pas durer car son intensité est telle que c’est épuisant émotionnellement parlant et au bout d’un moment, l’un ou l’autre en souffre tellement qu’il faut y mettre un terme. J’ai cherché à comprendre pourquoi cette dépendance, car pour moi la passion est une dépendance extrême à une peau, un corps, je n’ai pas trouvé, sans doute la chimie poussée à l’extrême et la proportion que nous avons à vivre cette relation-là.

C’est la vie elle-même qui me bouscule et tout ce qu’elle comporte : l’enfance et comment j’ai été élevée, la perte d’êtres chers très tôt, les accidents de santé et de parcours, les rencontres, ce pourquoi je suis là. Je suis une amoureuse de la vie. Nietzsche disait : « La vie est gratuite », nous ne sommes pas assez reconnaissants de ce que la vie nous offre, nous ne savons pas l’apprécier à sa juste valeur. La vie est immense et donner la vie ce qu’il y a de plus parfait pour moi, avec la nature, la formation de la vie sur terre. La vie est d’une grandeur inouïe, comme l’amour, et nous acceptons bien souvent d’avoir une vie médiocre. Je ne parle pas bien sûr des inégalités, etc., je parle du regard que l’on porte sur la vie, souvent enfermé dans un quotidien qui nous tue à petit feu, nous perdons ce que la vie nous permet de vivre, nous n’avons plus conscience du beau, de l’extraordinaire dans l’ordinaire, de dépasser le futile pour vivre pleinement cette vie, d’oser, d’aimer, d’accomplir de grandes choses, tout en restant humbles car nous allons tous au même endroit.

Si la vie n’a pas de sens, il nous faut en donner un durant ce laps de temps infime et vivre. Sortir des sentiers battus, ne pas s’enfermer dans tout ce qui est négatif : le ressentiment, l’envie, la jalousie, la haine, la vengeance, qui sont des freins à la vie ; ne pas s’occuper des préjugés, des « on-dit », mais au contraire revendiquer sa différence, c’est ce qui fait évoluer la société. Il faut voir loin et grand, sans peurs, car la peur est un frein immense. Il faut se faire confiance et s’écouter. Il faut prendre la vie comme une grande expérience, ça évite beaucoup de déceptions, sans vouloir se l’approprier, on ne peut pas lutter, la vie est plus forte que tout. Je sais que c’est complexe, mais on a qu’une vie, alors il faut essayer de la vivre au plus près de ce que nous sommes, de ce que nous voulons et refuser des compromis qui emportent notre être davantage du côté de la « mort », que de celui de la vie.

 

AMOUR AMOR

10/ Une relation amoureuse à forte intensité attractive où les forces en présence ne sont guidées que par le désir et où l’inconnu, c’est-à-dire le lourd bagage que chacun porte en lui depuis sa naissance jusqu’à l’autre et avec lequel il faudra, consciemment ou inconsciemment composer. N’est-ce pas là un exercice aussi difficile que la construction d’une relation enfant/parent dont la complexité et les rapports de force sont souvent inévitables ?

 

Je vais d’abord vous répondre par un de mes écrits !

 

« Les chemins du cœur sont toujours inconnus. Ils naissent d’un passé chargé d'histoires, aux confins des vies, et traversent le temps, se croisent, se confondent, transportant des êtres en suspens. Nos empreintes figent un espoir à jamais perdu qui pourtant resurgit à chaque rencontre. Les corps se frôlent, les cœurs s'affrontent et puis plus rien. L'amour comme une promesse, en détention provisoire, vient bouleverser nos certitudes et défaire nos idéaux. L’amour est un ravissement, autant un rapt qu’un plaisir intense. Pas seulement celui d’une vie à deux, car il y a tellement de vies à deux sans amour, mais l’amour que l’on porte en soi pour cet autre qui arrive sans prévenir, pour cet autre à qui vous donnerez tout, le temps d’une étreinte ou d’un plus long voyage.L’amour libre, celui qui nous perd et qui nous gagne, cet entre-deux, entre eux deux, l’amour au centre de deux êtres, comme un rempart qui unit dans un temps donné. L’amour nait d'une attente pour une survie partagée, on voudrait le serrer et c'est lui qui nous tient. Des portes de la vie jusqu'au regard de la mort, on aura cherché qui nous sommes à travers l'autre et c'est sans réponse qu'on va se quitter… mais finalement qu’importe, puisque l’amour a vécu. »

 

L’ego tient une place majeure dans les relations. C’est lui, bien souvent, qui dicte nos actes, nous fait avoir tel comportement, tel agissement, telle réaction. Nous sommes faits d’une multitude de forces intérieures qui s’affrontent et l’ego veut gagner. Il faudrait pouvoir déposer son ego et être pleinement soi-même, mais c’est impossible. Être pleinement soi-même, c’est accepter ses fragilités, ses faiblesses, sa sensibilité, c’est accepter qu’on puisse perdre pour autre chose, et pour moi on ne perd jamais pour rien, mais souvent pour du meilleur. Donc le rapport de force existe car c’est difficile de se dévoiler pleinement, on se protège, on ne veut pas baisser les armes, ou parce que nous ne sommes pas compris. Tout cela, c’est aussi notre histoire, notre patrimoine génétique et psychologique qui le détermine.

 

Entre parents et enfant, c’est la même chose à des degrés différents et on pourrait y passer du temps alors je vais essayer de faire court.

Un enfant arrive, c’est ce qu’il y a de plus beau au Monde, en tout cas c’est ainsi que la grande majorité des parents voient l’arrivée d’un enfant. Et puis, ce petit être va chambouler notre vie à tout point de vue. Dans la plupart des cas, il est une merveille, mais il arrive aussi qu’il fasse remonter à la surface des angoisses, des doutes, des peurs, des incompréhensions, des colères, et que les parents ne sachent pas réagir autrement qu’en voulant imposer leur façon de voir les choses, sans se préoccuper du ressenti de l’enfant. Arrive le rapport de force qui ne devrait pas exister entre un parent et son enfant. Depuis longtemps, j’essaie de faire tomber le schéma du parent tout puissant qui détient la vérité sur tout et qui en abuse. Parmi les hommes que j’ai rencontrés par exemple, beaucoup avaient eu un père violent ou tout puissant qui les avait écrasés, détruits, parce que certains pères n’acceptent pas que leur fils les dépassent, soit meilleur qu’eux, intellectuellement, professionnellement, etc. C’est quelque chose d’incroyable d’être capable de briser son enfant à cause de l’ego … Ces hommes avaient peu ou pas confiance en eux, ne se sentaient pas à leur place ou ne l’avaient pas trouvé, étaient incapables de relations stables, ou avaient développé des pathologies, assez lourdes parfois. C’est valable aussi pour les mères qui ont pouvoir de vie ou de mort sur leur enfant, puisque ce sont elles qui le nourrissent, s’en occupent à la naissance. La mère peut aussi faire ce qu’elle veut de son enfant, le rendre libre ou l’enfermer dans une culpabilité, une redevabilité à vie, le manipuler, le jalouser, en faire une « chose », etc. ce qui est tout aussi destructeur pour l’enfant.

 

Quand on est dans le rapport de force avec son enfant, c’est qu’on na pas réglé quelque chose avec soi-même, c’est qu’on est dans le pouvoir et la domination. C’est pareil quand on projette ses rêves en lui, ses ambitions et qu’on le pousse à aller dans une voie qui n’est pas la sienne, qu’on oblige l’enfant à faire ce que l’adulte aurait aimé faire ou même qu’on le sous-entende, ou encore qu’on projette sur lui sa propre souffrance, comme pour se réparer. La naissance d’un enfant nous ramène souvent à notre enfant intérieur et ravive des blessures. D’un seul coup, cet enfant n’est plus ce qu’il y a de plus beau au monde, il est le miroir du parent et donc quelque chose de négatif, qui s’oppose au parent. Un enfant n’est pas son parent et inversement. C’est facile de s’en prendre à un enfant qui est vulnérable et qui lui ne trahit jamais son parent, il l’aime, quoi qu’il arrive. Il y a quoi dans le rapport de force, certainement pas de l’amour, il y a une lutte avec soi-même et l’enfant sert d’intermédiaire. Si les hommes naissent libres et égaux en droit, ce qui est loin d’être la réalité, mais c’est un autre débat, les enfants aussi doivent naître libres et égaux en droit. Or, les enfants ne sont pas toujours considérés comme une personne à part entière, que l’on doit respecter, mais comme quelque chose qui doit obéir et se soumettre aux volontés des parents, sans tenir compte de ce qu’est l’enfant, de ses désirs, de ses émotions, de ses besoins, etc. et souvent dans une violence qu’on n’imaginerait même pas faire subir à un proche, un ami, et qui va laisser des traces. Les parents sont là pour élever un enfant, c’est-à-dire l’aimer, lui donner confiance, l’encourager, le guider, lui apporter un cadre sécurisant, avec des limites, l’emmener vers l’autonomie et la responsabilité, pas pour le dominer, en faire un calque, un souffre-douleur ou un objet de réalisation personnelle.


 

12/ Nathalie, de toutes ces femmes, la maman, l’artiste peintre, l’auteure, l’enfant, la présidente d’association, laquelle l’emporte et pour quelles raisons ? Laquelle vous semble la plus complexe et pour quelles raisons ? Se confondent-elles toutes dans une seule pour, le temps d’une quête, en laisser une, tirer toutes les autres ?

 

Le temps d’une quête non, le temps d’une vie oui.

C’est d’abord la femme que je suis devenue qui mène l’ensemble, avec son tempérament, ses fragilités et ses forces. Bien sûr, la maman tient une place importante ; les enfants demandent du temps, du dialogue, de la disponibilité et de la présence. Ils ont été, sont et seront toujours ma priorité. Mais je n’ai jamais abandonné la femme. Alors, elles vivent toutes à leurs heures et globalement on s’entend bien (sourire), en tout cas de mieux en mieux.

Vous savez, pour être très honnête, ce n’est pas toujours facile d’être une femme. Nous avons un lourd passif de domination masculine, d’enfermement dans un rôle : enfanter et se plier à des lois écrites par des hommes pour des hommes. Il faut lutter et encore aujourd’hui, il faut s’imposer, prouver davantage, faire sa place et éviter certains pièges, notamment celui de donner son corps pour obtenir quelque chose, tout cela est un peu épuisant à vrai dire. Les femmes ne sont pas reconnues à leur juste valeur, elles sont encore absentes à peu près dans tous les domaines, l’art, l’Histoire, la culture, les livres d’histoire, etc. et on a besoin de quotas pour les faire exister, ce qui m’horripile à un point assez élevé.

Quand les femmes sont libres et indépendantes elles font peur, quand elles sont trop gentilles on en profite, quand elles ne sont que mère on leur reproche de ne plus être femme, et inversement, elles doivent jongler entre leur vie de famille, leur vie sentimentale et leur profession, et toujours avec le sourire, elles doivent toujours être prêtes, être une bonne mère, une bonne amante pour leur mari, une bonne collègue de travail, une bonne dirigeante …  on leur demande beaucoup, mais au nom de quoi au juste ?

Personnellement, je refuse depuis longtemps de me plier à ce dictat. Peut-être que derrière chaque grand homme il y a une femme, je ne sais pas, mais une chose est sûre, derrière chaque grande femme il y a souvent une femme et c’est elle-même. Cela dit, je ne suis pas pour les groupes de femmes ou d’hommes, nous devons avancer ensemble le mieux possible, pour faire tomber ces inégalités et trouver un équilibre qui nous porte toujours vers le meilleur de la vie

Un coeur, une plume et des engagements !