préambule ! 

Nathalie Cougny

Ecrivain et Artiste peintre

 

Présidente

Association Les Maltraitances

 moi, j'en parle !

 

 

1/ Nathalie, Votre association s’adresse essentiellement aux enfants. Trouver et diffuser des mots pour éteindre des maux, est-ce la base incontournable de la prévention contre la maltraitance des enfants ?

 

Bonjour Stéphane et merci de me recevoir.

 

Nous venons d’abord pour les informer sur un sujet qui les concerne tous, puisque ce sont les enfants qui subissent le plus de violences en France, toute violence confondue, y compris sexuelle.

 

Je rappelle qu’il y aurait 165 000 enfants victimes de viol en France (1 toutes les heures) et plus de 6 millions de victimes d’inceste (1 français sur 10), chiffres connus, ça veut dire beaucoup plus en réalité et que l’âge moyen d’un enfant victime d’agression sexuelle est de 10 ans.

 

Il faut prendre conscience que les enfants ne connaissent absolument pas leurs droits, qui existent pourtant depuis 1989 à travers la Convention internationale des droits de l’enfant, ni ce que sont les violences dans leur ensemble, et encore moins sexuelles. Or, si nous n’allons pas vers eux, non seulement ils ne sauront pas ce que représentent tous ces dangers, ni s’en protéger, mais surtout ils ne pourront pas en parler et donc être pris en charge.

 

Quand on connait l’immense impact qu’ont les violences faites aux enfants sur leur santé physique et psychique, sur leur développement, sur leur construction, je crois que la prévention doit devenir une priorité et la protection de l’enfance une Grande cause nationale.

 

Les enfants sont l’avenir, les adultes de demain, et je suis convaincue que les enfants, qui sont très intelligents, créatifs et sensibles, peuvent acquérir des notions de protection et faire évoluer les comportements. Les enfants n’ont pas les barrières des adultes pour parler de ce sujet, nous le constatons lors de nos interventions, on ne vient pas leur faire un cours magistral ni leur faire peur, on vient pour échanger avec eux sur un sujet qui les concerne, c’est leur temps à eux, le temps de l’enfant. Ils le comprennent très bien car ils sont très attentifs, posent beaucoup de questions et aussi nous racontent ce qu’ils vivent chez eux pour certains, très spontanément.

Eduquons sans violences !
C'est mon corps, c'est ma vie !

2/ Qu’est-ce qui, selon vous, peut briser le mur du silence ?

 

La parole bien entendu mais aussi l’écoute, la prise en considération et ce que l’on en fait. Si personne n’est là pour écouter et croire les enfants, rien ne peut briser ce mur. Les récentes affaires nous le montrent très bien. La société écoute enfin cette souffrance hors norme et cela va permettre une prise de conscience, des projets porteurs et de nouvelles lois. Il faut des moyens humains et financiers, des actes forts et des lois franches, sans double discours. Il faut avoir le courage politique une bonne fois pour toute et prendre les bonnes décisions qui ne laissent aucune place à la responsabilité de la victime, de l’enfant en l’occurrence.

 

Le récit, à travers des livres médiatisés, est aussi un moyen efficace, comme les films qui touchent le grand public. Mais aussi l’information régulière, des campagnes de sensibilisation toute l’année. Pour que les parents, les adultes, prennent conscience de ce fléau et changent aussi leur méthode d’éducation, il est nécessaire de le faire sur la durée et de façon régulière.

 

La commission des 1000 jours, dirigée par Boris Cyrulnik, qui va proposer un accompagnement personnalisé aux parents du 4ème mois de grossesse aux 2 ans de l’enfant est essentielle. Je rappelle que les décès de nourrissons sont nombreux également, notamment avec le syndrome du bébé secoué.

 

Il faut donc se donner les moyens de protéger les enfants et de sensibiliser les parents le plus tôt possible. Comme ce ne sont pas les parents maltraitants, en général, qui se documentent ou se rendent aux conférences, etc., parce qu’ils sont eux-mêmes enfermés dans un schéma, il faut aller les chercher par d’autres biais, il y en a de nombreux.

 

3/ De nombreuses victimes parlent tardivement. D’après vous, que pouvons-nous déclencher pour libérer plus tôt la parole des victimes ? Que pouvons-nous déclencher pour libérer plus tôt la parole d’un témoin, d’un voisin ?

 

Il faut changer de regard et comprendre que la famille peut être un nid d’amour et de bienveillance comme le sanctuaire de l’horreur. Depuis toujours on glorifie la famille, on pense que les parents ne peuvent pas faire de mal à leurs propres enfants, y compris les mères. Or, que ce soit l’histoire de la petite Marina, du petit Tony, du petit Bastien ou de la petite Fiona, et tant d’autres, on voit bien que la sphère familiale peut être le lieu de tortures par excellence et que des enfants meurent (1 tous les 4 jours en France) dans un silence effrayant et aussi parce que les institutions n’ont parfois pas su les protéger lorsqu’il y a eu un signalement.

 

Il faut donc s’occuper de ce qui ne nous regarde pas et lorsque l’on entend des cris, des coups, des pleurs récurrents chez un enfant voisin, il faut s’en inquiéter.

 

Le 119, qui est le numéro d’appel de l’enfance en danger, est fait pour ça. Il peut être appelé de façon anonyme pour signaler des violences sur un enfant ou se renseigner sur un enfant en danger. Le doute doit toujours profiter à l’enfant car l’enfant est vulnérable, fragile et il ne peut pas se défendre. On peut aussi appeler la police en cas d’urgence. C’est non seulement un devoir mais une obligation de signaler des violences sur enfants, ne pas le faire peut vous couter 5 ans de prison et 75 000 € d’amende pour non-assistance à personne en danger.

4/ De nombreuses victimes passent par l’écriture pour poser des mots sur leurs traumatismes ? Qu’est-ce qui selon vos rencontres, bloque la parole ?

 

Ce qui bloque la parole, c’est notamment l’emprise, c’est tout le mécanisme d’emprise mis en place et entretenu par l’agresseur. D’autant plus si c’est un parent, un référent de l’enfant, une personne que l’enfant aime et en qui il a confiance. Par exemple, le chantage affectif « Si tu en parles, tu vas briser la famille », la peur exercée sur l’enfant ; la méthode du secret « C’est notre petit secret, n’en parle à personne », on sait très bien que la notion de secret est très appréciée des enfants qui croient alors qu’on leur porte une confiance, cela leur fait croire qu’ils sont importants ; le fait d’avoir parlé et de ne pas avoir été cru bien sûr ; le fait de minimiser les faits : « Ce n’est pas si grave, tu vas oublier » ; le fait de dire à l’enfant que c’est normal, que cela fait partie de son apprentissage : « Je vais t’apprendre à quoi sert le sexe » ; la honte que ressent la victime est un vecteur important de silence, c’est un sentiment qui enferme et œuvre à un repli sur soi, à l’isolement, on se sent sale, on se sent meurtri, quelque chose est mort à l’intérieur, la honte est un poison. Alors, quand on est prisonnier de la parole, que l’on a besoin de se libérer par d’autres moyens, que l’on a besoin de poser sa souffrance pour pouvoir commencer à se reconstruire, que l’on sait que l’on ne va pas être entendu, que l’on veut être entièrement compris, on va écrire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5/ Vous dites : «L’école me semble être le lieu idéal pour sensibiliser les enfants, les jeunes, c’est pourquoi le programme s’adresse aux écoles élémentaires et aussi aux collèges.» Pensez-vous qu’il soit urgent et indispensable d’incorporer aux programmes scolaires, un outil de sensibilisation et un dialogue pédagogique constant sur ces fléaux ?

 

Bien sûr que l’école est le lieu idéal car nous pouvons sensibiliser beaucoup d’enfants et, de plus, en dehors de leur sphère familiale, nous sommes neutres et cela est un atout supplémentaire pour libérer la parole.

 

D’après une étude de l’association Mémoire traumatique et victimologie, 87% des étudiants en 3ème et 4ème cycle de médecine déclarent n'avoir jamais eu de formation sur les violences sexuelles, leurs conséquences sur la santé et les effets du psycho-trauma. Est-ce normal que ce sujet si important ne soit pas abordé dans les études des futurs médecins ? Aujourd’hui seuls 2 à 5% des médecins signalent des enfants en danger alors qu’ils sont en contact permanent avec eux. Nombre d’entre eux disent ne pas être assez formés, voire pas du tout, ont peur de se tromper et même d’aborder le sujet ou de subir des représailles.

 

Depuis plus de 10 ans que je travaille sur ce sujet des violences faites aux femmes puis des enfants maltraités, j’entends que tous les professionnels vont être formés, or ce n’est toujours pas le cas. C’est pourtant indispensable car les signes d’alerte chez les enfants sont bien différents de ceux des adultes. Quand on ne peut pas passer par les mots parce qu’on est trop petit, qu’on nous a interdit de parler par diverses méthodes perverses, c’est le corps qui parle, les attitudes, les comportements, les marques suspectes, les non-dits, le silence justement. Il est donc primordial de savoir détecter les signaux de la maltraitance chez l’enfant.

 

Ensuite, il faut le croire tout de suite car un enfant invente rarement des histoires liées à la sexualité, tout simplement parce qu’il n’a pas les connaissances sur ce sujet. Comment un enfant peut-il inventer un viol ? Que sait-on de la violence sexuelle à ces âges-là ? Quel parent, quel programme scolaire leur a expliqué ? Un enfant peut mentir sur certains sujets de sa vie courante, mais il ne peut pas inventer de tels actes. Ce sont donc aux adultes d’aller vers eux sans attendre, d’aller au-devant, avec des mots simples mais avec les vrais mots et ne pas avoir peur de parler du sujet des violences (surtout quand on sait que 94% des victimes connaissent leur agresseur, plus de 50% un parent), comme celui de la sexualité, les deux tabous majeurs en France.

 

Le problème aussi est que de nombreux parents ne savent pas ce qu’est un enfant et ses différents stades d'évolution, il faut connaitre l’enfant pour pouvoir le comprendre et ne pas surréagir ou vouloir lui demander des choses impossibles pour son âge ou encore avoir des exigences irréalistes. Il faudrait donc pouvoir les informer et aussi instaurer à l’école un temps d’apprentissage sur la bienveillance, l’empathie, la connaissance de son schéma corporel et le respect du corps. C’est aussi ce que nous faisons lors de nos interventions qui se répartissent en deux séances, une sur la prévention des maltraitances, comment et à qui en parler et une sur le toucher bienveillant, le respect du corps et une initiation à la méditation.

NE LE DIS A PERSONNE !

Briser le silence & Sortir du Tabou !

6/ Pourquoi, selon vous, en sommes-nous toujours, en 2021, à parler de sujet Tabou, dès lors que l’on parle de violence conjugale, de maltraitance ou d’inceste ? Vivons-nous encore dans une société qui ne veut pas regarder ces fléaux de face ?

 

Encore une fois parce que cela se passe dans la sphère familiale, impénétrable, que ce soient les maltraitances sur enfants ou les violences conjugales, on ne veut pas voir. Parce que cela touche l’intime, parce que c’est complexe, parce qu’on ne veut pas briser une famille, parce que dans le cadre des violences conjugales et de l’inceste, qui supposent la plupart du temps une emprise de longue durée, on ne comprend pas ce phénomène d’emprise. C’est la méconnaissance du sujet par la société qui empêche aussi d’agir et qui bien souvent fait porter une culpabilité supplémentaire sur la victime. D’autre part, on essaie toujours de trouver des excuses aux agresseurs et des fautes aux victimes … c’est insupportable, cela doit changer aussi. Quand vous allez déposer plainte parce qu’on vous a volé un bien, on vous croit, pourquoi on ne vous croit pas quand il s’agit d’un viol ?

 

D’autre part, en ce qui concerne la pédocriminalité, on voit bien que cela touche tous les milieux et aussi des milieux d’élites, à vrai dire il n’y a pas de raison, car être violent ou violeur ne relève pas de votre niveau social, mais bien souvent de votre propre histoire, ce qui n’est pas une excuse mais un fait. Ces milieux se protègent entre eux car si un tombe, ils tombent tous, c’est ce que l’on constate dans l’affaire Duhamel. D’autant que dans les milieux de pouvoir c’est facile de faire taire les autres …

 

De plus, en France, on ne veut plus parler de réseaux pédophile ou pédocriminel alors qu’ils existent.

 

Tout cela doit voler en éclat car ce sont des centaines de milliers d’enfants concernés. Il ne faut pas oublier que pour un pédophile ce sont plusieurs victimes, voire des dizaines. Tout cela entretient le tabou et le silence, mais c’est en phase de se terminer, tout au moins je l’espère, car grâce aux livres parus et aux mouvements liés, alors même que des associations en parlent depuis longtemps, la société est en train de réaliser l’ampleur et l’impact de ce fléau.

La société a aussi le pouvoir de faire changer les choses, quand elle veut bien les regarder en face et s’en emparer.

 

7/ Enfant, j’ai souvent croisé des copains de classe sujet à la pédagogie du «coup de ceinture» ou des «coups». A la sortie de l’école, au supermarché, dans un parc ou dans n’importe quel lieu public, Il n’est pas rare de croiser des «Mamans» et des «Papas» qui giflent, fessent, tirent les oreilles, tirent les cheveux, pincent les joues ou encore donnent des coups de pied aux fesses de leurs enfants, comme ça , dans la rue, au yeux de tous. Ne sommes-nous pas déjà dans une maltraitance inconsciente ou confronté à la culture persistante du châtiment corporel ? Comment ces parents peuvent-ils changer ? Comment peut-on les aider à changer ?

 

C’est très clair, depuis le 10 juillet 2019, la loi interdit les Violences éducatives ordinaires (VEO) sur les enfants, y compris la fessée. Chacun qui constate des faits peut donc intervenir, en avertir les parents et leur dire ou leur rappeler cette loi. Maintenant, faut-il encore que cette loi ait été mise en avant et portée par des campagnes de sensibilisation auprès du grand public, pour que chacun la connaisse et comprenne que ces violences ont un impact majeur sur le développement du cerveau de l’enfant. Il faut savoir que les violences, comme le mauvais stress, détruisent des cellules du cerveau, notamment le système des émotions. Aujourd’hui, l’imagerie médicale permet de repérer des zones du cerveau endommagées par des violences subies dans l’enfance … et de récentes études montrent que les traumatismes précoces affectent le métabolisme des descendants, ils modifient la composition du sang et en transmettent les effets nocifs à la future génération.

 

Ce qui est un peu déprimant dans ce pays, c’est que quand il y a des avancées majeures, elles ne sont pas suivies d’actes. On se rend bien compte dans les écoles que les enfants ne savent pas du tout que cette loi existe et pourtant elle va en leur faveur. La violence éducative est la racine de nombreuses violences, de problèmes de comportement et de grande détresse psychologique…

 

La violence envers les enfants ne date pas d’hier, au Moyen-âge beaucoup d’enfants ne dépassaient pas l’âge de 5 ans, on tuait un enfant comme on écrase un moustique. Avant, les enfants n’étaient rien, que des objets qui devaient obéir et se plier aux volontés du chef de famille, en l’occurrence le père ! Elever un enfant était d’abord un acte de domination, de pouvoir, de décisions imposées, ce qui est encore le cas dans bien des familles. C’est très récent que l’on prenne en compte ce qu’est un enfant, qu’on lui donne des droits, qu’on le prenne en considération. Cela a tout de même évolué et heureusement car l’enfant est bien une personne à part entière que l’on doit respecter et protéger. Mais je crois que les politiques, comme la société, n’a pas pris en compte l’importance d’un enfant élevé dans un cadre positif et bienveillant. Et quand je dis cela, j’emploie bien le mot « cadre », car il faut des limites expliquées, l’interdit ne sert à rien, et du positif, c’est-à-dire de l’encouragement, de la protection, de l’autonomie, de l’amour, de la compréhension, pour que l’enfant évolue du mieux possible. Le temps de l’enfant n’est pas le temps de l’adulte, il faut prendre du temps pour lui.

8/ Un adulte, c’est un enfant qui a bien ou mal grandi. Un enfant, c’est un adulte en construction. Quels sont les outils pédagogiques existants aujourd’hui pour que chacun et chacune prenne la dimension, la pleine conscience qu’un enfant est un individu à part entière et qu’un trauma est comme une intrusion qui va bloquer, blesser, heurter, changer, le développement normal de cet individu et porter atteinte à sa dignité ?

 

Il existe de nombreux outils, sur les sites des associations, collectivités, ministères, à travers des colloques, conférences, interventions, livres, vidéos, etc. pour comprendre et changer sa façon de faire. Internet a aussi des côtés positifs, on peut trouver de nombreux liens vers ce sujet. Le problème est qu’on a oublié les enfants, on a oublié qu'il fallait aller vers eux et développer ces outils pour et avec les enfants, pas seulement pour ou avec des adultes. Cela se fait de plus en plus avec des associations et des collectivités, il est grand temps.

 

9/ «Les “caprices” d’un enfant cessent vers l’âge de 7 ans, quand l’enfant intègre les désirs des autres, commence à montrer de l’empathie.» Pourquoi est-il aussi difficile pour un adulte violent de montrer l’exemple ? Qu’est-ce qui empêche l’empathie d’un adulte ? Comment pouvons-nous aider cet adulte ?

 

Oui, « caprices » entre guillemets car les enfants ne font pas de caprices, ils expriment leurs émotions et sentiments. C’est très différent et leur façon de les exprimer passent par les pleurs, les cris, les agitations. Avant le langage verbal, il y a d’autres modes de langage …

 

Un adulte violent, violeur, a souvent, soit été élevé dans un contexte violent, soit a lui-même subi des agressions sexuelles et s’est donc construit avec ce traumatisme. C’est important de le mentionner car, pour avoir beaucoup lu, avoir rencontré des psychiatres de Maison d’arrêt, qui travaillaient avec des agresseurs sexuels et aussi Boris Cyrulnik sur ce sujet, ils sont unanimes pour dire que les agresseurs ont subi des violences durant leur enfance. Après, en dehors de la construction de la personne, il y a des facteurs déclencheurs des actes : l’alcool, le chômage, la précarités, la domination, le pouvoir…  D’ailleurs, nous savons qu’environ 30% des enfants maltraités reproduiront ce même schéma. D’abord parce qu’ils n’ont pas d’autres repères que la violence, c’est leur moyen de communication, cela leur apprend à obtenir quelque chose par la violence notamment. C’est également un vecteur de délinquance et il y a énormément de violence et d’agressions sexuelles entre jeunes mineurs. D’autre part, parce qu’on n’explique pas assez de façon ciblée, l’impact des violences et que d’autres moyens d’éducation, sans violences, sont possibles.

 

 

Nous savons que les violences subies empêchent l’empathie de se développer, puisqu’elles détruisent le système nerveux des émotions. Ce n’est donc pas étonnant que l’on constate aucune empathie chez les agresseurs ; ce sont des êtres froids, avec peu ou pas d’émotions, détachés de la souffrance induite ou du crime qu’ils peuvent commettre.

 

C’est pour toutes ces raisons qu’il faut prendre en compte ce sujet le plus tôt possible, former et informer pour que le schéma répétitif s’arrête, car c’est un problème de santé publique.

10/ Selon vous, les lois sont-elles en phase avec la lutte contre les fléaux que sont l’inceste et la violence ? Sont-elles les voies les plus à même de faire régresser ces fléaux ? Ou, pensez-vous que chacun et chacune, ensemble , nous tous, seront plus efficaces à endiguer toutes ces déviances comportementales ?

 

Le seuil de non-consentement fixé à 15 ans renforçant la protection des mineurs contre les violences et crimes sexuels et 18 ans en cas d’inceste a été voté, c’est une très bonne chose. Il restera le délai de prescription qui pour moi n’a pas lieu d’exister en cas de crime sexuel car comme nous le savons, l’amnésie traumatique notamment, empêche le souvenir et donc la parole. Nous devons laisser le temps, qui est propre à chaque victime, cela fait partie de la reconnaissance et de la reconstruction.

 

Après, il faut aussi que la justice fasse son travail. Il lui manque aussi des moyens humains et financiers et parfois du discernement. Le nombre de dossiers étudiés par mois par un juge est très conséquent, il leur manque du temps, il leur manque tout. Ce n’est pas normal que plus de 70% des plaintes, déjà très rares, soient classées sans suite. Ni que des viols soient déqualifiés en agressions sexuelles, par manque de temps notamment, que l’on pourrait accorder à une affaire.

 

Il faut des experts auprès des tribunaux indépendants et neutres, qui soient totalement impartiaux.

 

Il faut des infirmières et des médecins scolaires, aujourd’hui c’est environ 1 infirmière pour 1700 élèves et 1 médecin pour 8000 élèves !

 

Il faut de l’accompagnement, de la formation à tous les niveaux, de l’écoute, de la prévention, et encore davantage depuis la crise sanitaire, qui a non seulement multiplié les actes de violence envers les enfants (plus 35% de signalements pendant le 1er confinement, et 46% d'interventions policières en hausse également), mais qui est en train de briser nombre de jeunes, d’étudiants, isolés et perdus, qui n’ont aucune perspective.

 

Je crois que tous les pays, et le nôtre aussi évidemment, doivent prioritairement investir, et « quoi qu’il en coûte », dans la jeunesse et à tous les niveaux. L’État ne fait pas suffisamment pour elle et cela aura de graves répercussions. Arrêtons de faire du rafistolage ou de la réparation de dernière minute, arrêtons les mesurettes, soyons un pays digne et toujours précurseur, car même s’ils ne votent pas, les enfants sont la richesse et l’avenir d’un pays.

 

Editions Sudarènes