BIOGRAPHIE 

Rémi Ros

Auteur

 

1/ Un mur de briques, des impactes de balles, des fils barbelés et l’ombre d’un violoniste se mêlent sur le visuel de couverture de votre roman «Les flocons bleus». Où souhaitez-vous nous emmener avec ce roman ?

 

En terrain miné, voire illégitime, parce que la période que j’ai choisie n’est pas la mienne et que le drame de mon héros et de sa communauté n’est pas le mien. Comme l’écrivait Chaim A.Kaplan : « Si quelqu’un vivant, en ce moment dans un pays démocratique, entreprend d’écrire un livre sur la nature du Nazisme, je sais déjà sans même voir ce livre, que l’auteur sera incapable de dire la vérité sur la cruauté et la barbarie nazie ».

Mais le destin a ceci de particulier qu’il se charge de vous tracer des chemins insolites souvent bien loin de vos aspirations. L’histoire de Joseph, aussi surprenant que cela puisse paraître, s’est imposée à moi. Je me suis levé un matin avec l’idée d’une entrée en matière et celle plus vague d’une conclusion. Il ne me restait plus qu’à me mettre au travail pour habiller l’histoire de Joseph.

En suivant Joseph, vous pressentez que le roman va vous emmener aux portes de l’enfer, mais vous verrez qu’on peut y côtoyer l’espérance d’un paradis. L’aventure de Joseph, enfant juif, né à Varsovie pendant l’entre-deux-guerres, est à plus d’un titre, extraordinaire.

 

Pour info, le mur sur la couverture du roman est vraiment celui qui reste du Ghetto de Varsovie. J’ai pris moi-même la photo.

 

2/ Qui est Joseph, une lueur d’espoir, un résilient, un passionné, une victime, un coeur brisé ?

 

On pourrait croire qu’il est un enfant comme les autres, un adolescent parmi les autres, mais une étoile à sa naissance s’est penchée sur son berceau. Joseph a un supplément d’âme, est pourvu d’un grand cœur, d’une profonde détermination, d’une volonté à tout crin, le tout avec un talent incommensurable, un don merveilleux pour la musique et un amour fou pour le violon. Dans ce sens, il est un résilient, car en s’approchant du fond, il sait rebondir en se servant de la musique comme corde de salut. Alors la victime se reconstruit, elle instruit même sa vengeance sans le savoir.  

 

3/ Selon vous, qu’est-ce qu’un violon a de plus fort que la barbarie ?

 

La culture dirige le monde, elle accompagne la liberté. Elle permet toutes les évasions et on aura beau élever des murs et des barbelés à Joseph, il parviendra toujours à se libérer de ses chaînes, s’exonérer des contraintes. Son violon est son arme absolue et il sait l’utiliser à bon escient à chaque situation qui se présente à lui. Son violon fait des dégâts parmi les barbares simplement parce qu’il  dispense du bonheur, de la joie, une espérance. Là où les bourreaux sèment la désespérance, l’humiliation, l’horreur, Joseph peint des horizons de couleurs, des arcs-en-ciel entre les mondes. Dans le roman, on le comprend avant de le lire et même avant de le voir, le violon est bien plus qu’un instrument de musique. Les notes, quant à elles, peuvent devenir balles.

 

4/ La vie de Joseph et des siens ressemblent à une mauvais partition. Où nous transportez-vous avec Joseph et son violon ?

 

Il est vrai que le prélude pourrait ressembler à un requiem, mais l’habit ne fait le moine même si le roman, j’en conviens, est noir. La vie de Joseph se joue en plusieurs actes, tel un opéra. Une approche de l’abjection avec le déclenchement de la guerre, l’enfermement dans le ghetto et son incompréhension, puis l’indicible horreur vécue à l’intérieur du camp d’Auschwitz et l’inénarrable condition des détenus et de leur finitude. Mais contre toute attente, dans la pénombre, l’histoire est teintée de lumière comme si les touches bleues qui ponctuent le roman phagocytaient le noir du ciel, comme si la musique était plus performante que le silence, comme si la force d’une quête pouvait transcender le désespoir. Avec Joseph et son violon, je transporte le lecteur vers une certaine béatitude.

 

5/ Une note de musique peut-elle vaincre un océan de haine et de violence ? Pouvez-vous, svp, justifier votre réponse ?

 

J’en suis persuadé. Ce n’est pas pour rien qu’existe la musicothérapie. Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs ? Joseph joue de manière thérapeutique parce qu’il en a besoin. Ses partitions, sans calmer les eaux que vous appelez océan de haine et de violence, les atténuent parce que, de chaque côté des murs de la prison, existent des mélomanes, des personnes aptes à l’évasion et ce n’est pas un paradoxe. Un simple entracte musical peut amener toute personne à de meilleurs sentiments. Une parenthèse qui peut faire oublier aux tortionnaires le sens de leur mission, oublier le temps d’une fantaisie la débauche de leur violence.

 

Prenez le temps de vous souvenir ! Vous flânez en ville et une note s’échappe d’une fenêtre, la mélodie vous saisit parce qu’elle vous rappelle un souvenir heureux qui vous étreint. La musique nous accompagne dès les premières heures de notre enfance depuis le mobile au-dessus du berceau jusqu’à la marche funèbre qui accompagne notre ultime souffle.

 

6/ Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce roman ? Quelles étaient vos intentions majeures ?

 

Le hasard. Je n’étais pas préparé à écrire un roman, je mettais jusque là ma force littéraire dans mes guides touristiques, mais voilà que le hasard en a décidé autrement. Je participais à un salon du livre. Deux auteurs plus âgés que moi parlaient entre eux par-dessus mon épaule et disaient combien ils étaient fatigués de tous ces écrivains qui prêtaient leur plume au conflit de la Seconde Guerre mondiale. J’avoue, sur le coup, ne pas avoir accordé d’importance à cette conversation. Mais, quelques jours plus tard, je me suis réveillé avec l’idée d’un roman historique ! J’en avais les prémices et le ciel m’en offrait la conclusion. À charge pour moi de me lancer dans l’histoire ! Rapidement s’est imposé le nom de mon héros : Joseph. Il serait le vibrant hommage au Joseph de Joseph Joffo dans Un sac de billes. Pourquoi ai-je voulu inscrire mon scénario en Pologne, je ne sais pas. La force de l’inspiration peut-être ? Ensuite, il a fallu que je fasse de nombreuses recherches sur cette période pour coller au maximum à la vérité.

 

Mes intentions majeures : faire mémoire, pour qu’on n’oublie jamais.

 

7/ Si la musique permet à Joseph de s'élever et de s'évader le temps de quelques notes, qu'est ce qu'elle apporte à son entourage ?

 

Avant-guerre, de la joie, du bonheur, de l’insouciance. À l’épreuve de l’incertitude des premiers temps de guerre, de la force, de l’abnégation, de l’encouragement, de l’accompagnement et une forme latente de résistance. Aux moments les plus difficiles, de la rage, de la révolte intérieure, mais toujours empreinte d’espoir, car sans cette lumière il n’y a pas d’issue, pas de lendemain. Après-guerre, une paix relative, car l’âme a été blessée, des souvenirs qui sont les pousses tendres de l’innocence, la nostalgie des années volées, des personnes perdues à jamais et une indéfectible envie de vivre, de croire en un futur qui chante. La musique de Joseph sera toujours le lien qui unit les bons, elle ne peut être que nœuds déliés pour une apothéose de bonheur.

 

8) Selon vous, qu'est-ce que qu'une poignée de notes de musique peut apporter quand les mots (écrits ou parlés) ne sont plus de mise ?

 

Il arrive souvent que les mots soient grossiers, employés à tort ou bien choisis pour blesser. Les mots peuvent être vains ou cruels quand, comme vous le dîtes, ils ne sont pas de mise. Alors il faut rechercher le silence, une quête angoissante pour des personnes qui ne se complaisent que dans la frénésie du monde, mais une quête salutaire. Mais quand le silence devient insoutenable, qu’il n’est plus habité de sollicitude, de bienveillance, la musique le comble de sagesse.

Il me semble que les bienfaits de la musique se retrouvent dans une danse des sentiments. Regardons ou plutôt écoutons la nature, elle est symphonie. Elle joue sa partition avec le vent qui la compose, les oiseaux qui l’interprètent, les feuilles des arbres à l’unisson...

 

9) Qu'est-ce que vous a demandé ce roman, de son écriture à sa publication et sa mise en vente ?

 

Du temps, du plaisir. Mais plus je lisais ce récit, plus je le trouvais mauvais, insipide et j’ai failli plusieurs fois le mettre au rebut. Cela aurait été le cas sans mon entourage. Ce dernier croit souvent plus que vous-même à ce que vous êtes ! Depuis ce roman, l’écriture est devenue bienfaitrice, une épaule sur laquelle je peux venir déverser mes émotions, un exutoire nécessaire aux esprits qui me hantent. Je me suis auto-édité, car vous le savez bien, trop de belles plumes rejoignent chaque jour les bureaux des maisons d’édition et les romans vont, maintenant, me suivre sur les salons et lors de mes dédicaces, quand le monde fou que nous vivons aura retrouvé un semblant d’apaisement. Sinon, on peut toujours me commander directement les livres sur mon profil Facebook (Rémi ROS), en me contactant par mail (remy,ros@wanadoo,fr). Après avoir résisté, je risque de me laisser tenter par les yeux de Chimène d’un géant de la distribution. À suivre au mois de mars 2021...

 

10) Quelle a été votre plus grande satisfaction ?

 

Comme tout auteur, ce sont les retours des lecteurs éloignés de la sphère privée qui disent être sincèrement touchés par votre travail. Leurs encouragements vous motivent à persévérer. Lorsqu’un lecteur me raconte qu’il est entré dans le livre avec les mêmes intentions que celles que j’avais en l’écrivant, je me dis que c’est gagné. Ces personnes ont apprécié mon choix littéraire d’une écriture lente et descriptive dans la première partie du livre pour bien faire sentir le côté pesant de la vie du ghetto. Elles ont compris que la narration prenait du rythme dès le deuxième chapitre dans le camp d’extermination pour éviter l’étouffement maximal et elles ont adhéré à un épilogue plus enjoué comme une chevauchée vers le soleil et la justice. Un roman aux musiques changeantes.

 

Si vous le voulez bien, je me permets de rajouter une note d’une lectrice.

 

« L’amour, l’amitié, la capacité à s’oublier pour aller vers l’autre, la présence permanente de la musique,

puis de l’art apparaissent comme des souffles d’air vivifiants tout au long de votre roman,

offrant au lecteur des raisons de continuer à croire en l’humanité,

à espérer malgré l’horreur que vous décrivez de manière si réaliste.

Encore un grand merci pour cette lecture qu’on hésite à caractériser de réconfortante. Et pourtant ! »

 

 

Rémi a exercé quelques années son métier d’animateur-éducateur en milieu scolaire avant de devenir attaché commercial dans le milieu de l’assurance, puis cadre administratif dans une officine pour enfin se retrouver conseiller mutualiste. Un licenciement plus tard, il se met à écrire et éditer un premier guide touriste, un second, puis un troisième.

 

En 2021 va sortir le dernier consacré à l’Aveyron autrement. Des guides particuliers, fort documentés en photographies et où Rémi adopte la posture du conteur plutôt que celle de l’historien. Inconsciemment, il préparait le terrain pour l’écriture d’un roman.  

 

Les Flocons bleus est le premier.

Sang jumeau, écrit, mais pas encore sorti sera le second.

Un troisième, un policier est en fin d’écriture.

Les Flocons bleus
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